Un mort à Lourdes… Un miracle à Froyennes.
Cela se passe dans les années 60. Le curé de Froyennes, l’abbé Derache, est l’aumônier des brancardiers qui accompagnent les pèlerinages du diocèse de Tournai à Lourdes. Ce sont des années fertiles en dévotion mariale. Quatre ou six trains vont à Lourdes chaque année, en mai et juillet. La fraternité des brancardiers de Notre-Dame est une amicale très soudée dans laquelle toutes les classes sociales se confondent. La fidélité y est très grande et dépasse parfois toute imagination. Un commerçant de Tournai, qui a vécu très longtemps, n’a-t-il signé un palmarès de 98 pèlerinages à Lourdes, tous au service des Malades?
J’étais l’imprimeur de cette fraternité et je lui rendais les services que je pouvais. Notamment, de conduire, chaque année au train, mon ami Jean Tranchant, le frère de l’oncle Albert. Contremaître de la brasserie Carbonnelle, Jean n’aurait pu transporter à pied les quelques casiers d’« Ekla » qui constituaient, sinon le viatique, au moins le soutien indispensable à leur activité débordante. Ce n’est rien de le dire, il fallait le faire ! Des malades, des bien-portants, du matériel, des civières ou voiturettes (rares à cette époque), tout cela à accueillir, à caser, à charger et décharger. Arrivés à Lourdes, leurs longues journées de service étaient facilitées par une station apéritive qu’ils faisaient, chaque jour, au café du « Roi Albert » qui était, près du vieux-pont-du-Gave, le rendez-vous des Belges. « Hureus’min qu’on a cha » (cha, c’était le Picon) déclarait Rodolphe Derache, doyen des brancardiers, « sineon, on n’tiendreot pos l’coup ». Ils faisaient tout pour tenir le coup avec la collaboration – oh ! combien active – du chanoine Dewinter, directeur des pèlerinages.
Et voilà qu’un midi, lors de cette réunion apéritive, Jean Tranchant, annonce à Monsieur le curé de Froyennes, qu’Adil est mort. Adil Decaluwé, sans doute l’ancêtre à ce moment de cette merveilleuse famille, qui habitait Froyennes et était donc paroissien de l’aumônier Derache. Immédiatement, celui-ci demande d’avertir ses paroissiens présents au pèlerinage, qu’il célèbrera la messe le lendemain, à l’autel Ste-Bernadette, à la mémoire d’Adil. On ne peut pas faire plus et, pour un bon curé de paroisse rurale, on ne peut pas faire moins…
Quelques jours plus tard, le train des pèlerins rentre en gare de Tournai. De nombreuses familles attendent leurs proches. Qui reconnaît-on sur le quai ? Adil Decaluwé !
Non, il n’était pas ressuscité. Le courrier entre Jean et Florence présentait une erreur : c’était le beau-père de Joseph Decaluwé qui était décédé et non pas Adil qui vécut encore quelques bonnes années.
Ceci est donc une histoire qui remonte à une quarantaine d’années. Elle m’a paru très belle parce qu’elle raconte d’émouvantes réalités de cette époque à un niveau chrétien, communal, paroissial. Ces communautés sont en voie de disparition, hélas. Mais il me paraît évident que les joyeux efforts que font les Decaluwé pour garder en vie l’esprit familial sont à admirer et à imiter.
Pour ma part, fier d’une nombreuse descendance, j’en prends de la graine et c’est très sincèrement que j’apporte ce témoignage fraternel.
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