Sketchorama
Agressif : - Oui, Monsieur, si j’avais son talent
Moi je serais enfin quelqu’un au parlement.
Amical : - Votre langue est tell’ment bien pendue
Que je la vois déjà érigée en statue.
Descriptif : - Quelle fougue et quel tempérament !
Ah ! Combien le football lui doit de grands moments.
Curieux : - A quand un show avec tous tes copains ?
« Luc-Show ? » « Varenne Show ? » Non, j’ai trouvé : “Show-Vin”!
Grâcieux : - Varenne-sur-Allier, vous connaissez ?
Alors ici, à quand Varenne-sur-Flagey ?
Truculent : - Sans Varenne et je le dis bien haut
J’aurais jamais payé la tax’ de ma radio.
Prévenant : - A Namur, on dit : « quel orateur ! »
Mais on met dans nos post’ un p’tit ralentisseur.
Tendre : - Tu sais, cher Luc, la R.T.B. sans toi
C’est comme un beau vélo avec Eddy en bas.
Pédant : - Même à Paris, ce p’tit Belge est connu,
Aussi célèbre que… le soldat inconnu.
Cavalier : - C.V.P. ? Un parti, des déboires,
Alors à quand L.V. parti de la Victoire ?
Dramatique : - C’est un dimanche sans Varenne.
Emphatique : - Est-ce hasard, il faut que je l’apprenne
Si notre ami Varenne rime avec petit’Reine ?
Admiratif : - En or qu’il lui faudrait l’antenne !
Lyrique : - Oh lalala, lalala lalala,
Naïf : - Mais c’est son cœur qui vient de battre là.
Respectueux : - moi, Merckx, j’ai gagné de mon mieux
Car je savais combien ça te rendait heureux.
Campagnard : - Cré vingt dieux ! Un’ pension à Varenne
Et c’est le plus jeun’ de tous ces energumènes !
Militaire : - Varenne ! Quel fusil mitrailleur !
Pratique : - Je fus ton premier imitateur.
Et tu vins m’applaudir il y a vingt-cinq ans.
Vingt-cinq ans de ta voix, c’est un signe marquant,
Tu fais partie de moi, tu ne peux donc partir
Et d’ailleurs, mon cher Luc, est-il besoin de dire
Que l’irremplaçable ne nous quitte jamais ?
Ne rougis pas, cher Luc, tu sais bien que c’est vrai…
Mais le temps passe vite quand tu es quelque part
Il me faut maintenant préparer mon départ,
C’est Luc de Bergerac qui va donc terminer,
Car tous ces compliments qui sont des vérités
Je te les sers moi-même avec assez de verve
Mais je permets, aussi, que les aut’ te les servent !
mardi 20 avril 2010
Mes curés
Pour ma part, je me contenterai d’esquisser le tableau d’un monde assez particulier – très original peut-être – mais très sympathique aussi, le monde de « mes curés ». Sans prétention d’étude psychologique, ceci n’est que le tableau d’un peintre-amateur qui brosse à gros traits avec un couteau dont la lame a connu des temps meilleurs. Mais qu’on me pardonne l’épaisseur du trait, parce que j’échangerais volontiers le produit d’une collecte au profit de la basilique de Koekelberg contre une oraison jaculatoire pour la détente que cela me procure…
Parce qu’ils sont nombreux « mes curés » de tout calibre, de tout charisme, il m’est difficile de les classer par catégories, mais qu’il me soit permis d’esquisser certains types qui, l’imagination et l’indulgence du lecteur aidant, pourront être considérés comme des prototypes.
Le curé littéraire
Il en est qui écrivent parce qu’ils ont quelque chose à dire, d’autres parce qu’on le leur demande, d’autres, moins nombreux, parce que cela s’inscrit dans leur mission pastorale. Les plus audacieux éditent. Pas toujours un livre. Parfois. En général, ils commencent par une revue. La tendance générale d’une revue est d’être périodique. Je connais des revues qui paraissent à un rythme régulièrement irrégulier (1). Est-ce toujours la faute du pionnier ? Que non ! Il y a les collaborateurs, il y a surtout l’imprimeur. Pour celui-ci, il n’y a jamais de problème. « Mais, bien sûr, Monsieur l’abbé, on vous la sortira à temps. On rattrapera le temps perdu. Pensez-vous ? Vous aurez les épreuves… Attendez donc… Jeudi prochain, sans faute ». Ce que l’interlocuteur n’a pas remarqué, c’est que ce roublard émule de Gutenberg avait jeté un coup d’œil discret sur le calendrier pour s’assurer que le jeudi en question était bien le jeudi de l’Ascension, qu’il se trouverait ainsi dans l’obligation de renoncer à cette échéance, car en artisan très chrétien, il s’interdit toute activité professionnelle un jour d’obligation. Il aura d’ailleurs soin d’ajouter qu’en patron très social, il a dû accorder congé à son personnel pour le reste de la semaine, mais « sans faute pour lundi, mardi au plus tard, les épreuves seront là ». Et, en effet, très souvent pour le mercredi le rédacteur en chef dispose des documents. Mais ces avatars n’agacent que fort peu l’admirable persévérance de notre curé-éditeur qui n’en continue pas moins, entre les sarcasmes de ses confrères de conférence, les négligences toujours justifiées – sinon justifiables – de ses collaborateurs et les parades de son imprimeur, à écrire, à diffuser par la typo, l’offset ou l’hélio tout ce qui se trouve être pour lui le message à transmettre à ses ouailles-abonnées. Trop heureux du reste, quand il ne doit pas publier dans « Le courrier des lecteurs » une riposte d’un Alceste d’extrême-gauche ou droite – le style est souvent riche et le ton impertinent – où l’on renvoie la ménagère à ses casseroles et le curé faire lonlaire (2).
Dans certaines régions, l’engouement est au journal paroissial. On n’en trouve guère de comptes rendus dans aucune note bibliographique et ça ne figure à aucune revue de presse, écrite ou parlée. Et pourtant, quelle richesse et quelle variété ne trouve-ton pas dans cette littérature ? Certains curés écrivent comme ils parlent, même si d’adroites et stratégiques préoccupations pastorales les ont habitués à ne plus utiliser que le dialecte du lieu qui ne rappelle que de loin la langue de Molière. Mais ce qui, particulièrement, a établi la réputation de ces feuilles, c’est l’assurance avec laquelle on vous y dilue un commentaire d’épître avec l’aspect moral d’un fait-divers, assaisonné d’une invitation à participer à un pèlerinage en autocar chauffé. C’est ainsi qu’on a pu découvrir une émouvante invitation à assister à une bénédiction de layette après le salut d’action de grâces célébrant le jubilé de cinquante années de vie religieuse de la Mère supérieure de l’école paroissiale. Même si l’on rappelle immédiatement après que le ciné-forum du mois sera agrémenté de la projection du film « La chasse à l’homme », il n’y aura que peu de lecteurs pour s’en étonner, mais tous les paroissiens engagés trouveront fondé le rapport que leur curé adressera à son autorité décanale prouvant par ces émissions qu’il possède une communauté vivante.
Le curé artiste
Ils sont nombreux ceux qui chantent et qui font chanter. Beaucoup par goût - qui est aidé parfois de dispositions naturelles - d’autres par devoir parce qu’ils ont hérité d’une chorale et qu’il faut continuer les traditions de sainte Cécile. Ils sont, en général, heureux et sèment autour d’eux une joie jeune et franciscaine. C’est rarement parmi ceux-là qu’on trouvera des champions de la sociologie et de la statistique. Mais comme ils sont généralement sociables, ils s’en passent allègrement et diffusent un rayonnement non amidonné. Et je ne fais nulle allusion aux vedettes en soutane que l’on a vu produire par les différentes congrégations religieuses ces derniers temps et dont l’énumération devient plus longue chaque année, mais de ces obscurs et sans grades qui, même s’ils confondent l’adagio et l’allegretto, n’en sont pas moins de zélés serviteurs d’Euterpe. A côté, il y a ceux que le Providence n’a nullement doués pour ce genre de sport et qui après vingt-cinq années d’exercice du sacerdoce ne savent toujours pas entonner le Credo sur un ton acceptable. C’est, en général, ceux-là qu’on engage à pousser la romance, entre la poire et le fromage, lors de célébrations pantagruéliques. J’ai connu dans ma jeunesse un séminariste – qui est aujourd’hui un très digne curé de campagne – dont l’absence de dispositions était aussi évidente en musique qu’en musiquette. Or, dans notre groupement de jeunesse, nous avions coutume d’interpréter des rengaines, dont une spécialement qui chantait l’honneur, la grandeur et le panache de notre institution. Le refrain avait un certain air guerrier – un air à moustaches, comme disaient les grognards – et on lui ajoutait toujours pour terminer un « ta-la-la-tsin-tsin » sur un diapason qui mettait en péril la placidité du plafond qui, en parfait plafond de local d’œuvres, était nécessairement vétuste. Arrive une manifestation exceptionnelle, avec présence épiscopale et l’on prépare force saynètes et chants. La dernières interprétation revenait au groupe entier et était justement cette marche para-militaire qui produisait dans nos âmes l’émotion qui étreint les vétérans du roi Albert à l’audition de la Brabançonne. Tous les cadres recommandèrent bien à tous les gars d’éliminer pour cette prestation qui se voulait artistique le « tra-la-la-tsin-tsin » qui remplaçait l’accompagnement orchestral. De multiples répétitions permirent aux dirigeants d’espérer que le grand jour arrivé, tout le monde aurait pris l’habitude d’éliminer cette fantaisie terminale. Et les espoirs ne furent nullement déçus parce qu’aucun des petits gars ne fit mine d’embrayer dès la fin de la ballade. Mais on avait compté sans le brave abbé qui, bien sûr, n’avait assisté à aucune des répétitions, étant donné le peu d’ouverture que tout un chacun lui concédait vis-à-vis de l’art lyrique. Il se trouvait au milieu d’un groupe chantant à tue-tête avec un tel cœur que cela en devenait contagieux, au point qu’il ne sut résister à une participation vocale et au moment de l’apothéose, on put entendre une seule voix, ressemblant à celle d’un député au lendemain d’une campagne électorale, clamer candidement un « tra-la-la-tsin-tsin » déclenchant ainsi un fou rire général partagé par les participants et l’auditoire. A l’abri de toute aventure de ce genre durant quinze années de professorat, le digne ecclésiastique chante aujourd’hui, en accord avec ses supérieurs, les chants français que recommande la nouvelle liturgie. Est-ce en accord avec ses paroissiens ? Sa paroisse est rurale, il ne s’y trouve pas de conservatoire, peu d’esprits critiques et tout le monde s’y porte bien…
Le curé et le bedeau
Il ne faut pas être doué d’une sagace pénétration pour découvrir qu’un personnage très influent de nos paroisses, souvent omnipotent, est le bedeau. Il fait la joie des enfants de chœur, parfois le scandale des rombières, souvent le tourment de son curé. Si les murs de sacristie pouvaient parler et s’exprimer aussi librement que ne le font certains bedeaux vis-à-vis de leur pasteur, l’on ouïrait d’étonnants dialogues entre les curés et leurs parastataux. En effet, le bedeau (du latin bidellus, provenant d’un hypothétique francique bidil) (3) se considère comme investi d’énormes responsabilités, tenant entre le clerc et le diacre, et célébrant souvent emphatiquement les grandeurs et les servitudes bedeliennes. Ce qui frappe le plus souvent dans le comportement de ce gardien du lieu saint, c’est son indépendance. Celle-ci se manifeste le plus souvent à l’égard du curé. Enfant de chœur dans une paroisse de Picardie, j’ai connu un bedeau qui répondait au nom de Leroy. Ou plutôt il ne répondait jamais, quand son curé l’interpellait à un moment où le digne septuagénaire s’estimait indisponible. Chaque dimanche, durant le sermon de son pasteur, il s’installait spectaculairement dans les stalles et faisait mine de s’endormir comme bercé par le débit oratoire de l’exégète. Un sujet de continuelle discorde entre le curé et son chevalier servant était le poêle de la sacristie qu’ils ne s’accordaient jamais à trouver à bonne température. C’est ainsi qu’un matin où une trop grande liberté de paroles avait entraîné notre bedeau à mépriser les valeurs hiérarchiques, il s’entendit sévèrement rappeler : « Mais enfin, Louis, n’oubliez pas que je suis le curé ! » Et l’autre, superbe, et puisant dans une congénitale fidélité à la dynastie une perle héroïque, de rétorquer : « Et mi, Mossieu l’curé, mi, j’sus le Roi ! » (le bedeau s’appelant Louis Leroy). Un simple bedeau n’aurait jamais pris cette licence dans une paroisse où il y aurait eu un suisse. Car, à cette époque, les enfants avaient encore la chance, dans certaines paroisses importantes, d’être comblés par les démonstrations para-militaires d’un suisse. Le chapeau de pandore, la hallebarde et la casaque de portier de cinéma, autant d’attributs qui classaient cet homme d’église parmi les hérauts des grands siècles. On exigeait d’eux qu’ils soient grands ; en général, on les recrutait laids. Aujourd’hui, cette race s’est éteinte. Il nous reste les bedeaux. Et les bedeaux conservent leurs curés. Avec lesquels ils continuent à se chamailler, pour le meilleur moral des paroisses. Des esprits sévères déplorent cet état de choses. Ceux qui, en adhésion perpétuelle à une charité ouverte, cherchent à ne voir en chaque situation que le côté agréable, trouvent cela charmant. Des critiques avancés sont même allés jusqu’à préconiser que pour mettre, à long terme, fin à cette incompatibilité, il serait nécessaire que tout séminariste – qui dans bien des cas devient un jour curé, donc patron de bedeau – fasse un stage dans la bedellerie. Pour ma part, j’aime le bedeau tel qu’il se comporte aujourd’hui et formule le souhait que ce chevalier de la burette demeure, pour des générations encore, l’amortisseur des humeurs de son maître pour la plus grande joie de nos paroisses chrétiennes.
Le curé touriste
Les gens du voyage, de nos jours, ne sont plus uniquement les nomades et les artistes vivant du chapiteau car on trouve les passionnés de la route dans toutes les couches de la société. Chez les curés aussi. C’est surtout dans l’immédiat après-guerre que l’appel de la route s’est manifesté dans les âmes des jeunes. Beaucoup de ceux-ci ont entraîné leurs pasteurs dans cette nouvelle forme d’évasion. Il y a, bien sûr, les vacances. On ne peut plus les prendre à 10 km. De chez soi. Il faut rouler. On a commencé par faire de l’auto-stop. La soutane obtenait toujours un certain succès. Mais ce n’était nullement une solution d’indépendance. Est venu ensuite le règne du scooter et de la mobylette. On voyait nos ecclésiastiques utiliser toutes les formes d’engins depuis le vélo traditionnel sur le guidon duquel on avait ajouté un moteur de machine à coudre jusqu’à la grosse moto 500 cm3 culbuteur qui réveille tout un village quand on la fait démarrer dans le petit matin. Mais la voiture justifia très bientôt son utilité : services à rendre aux paroissiens, fatigue cardiaque dont-le-médecin-dit-qu’il-faut-absolument-soigner-ça et surtout-éviter-tout-déplacement-fatigant, occasion unique offerte par un paroissien qui avait absolument besoin d’une plus grosse voiture et dont-la-2-CV-n’avait-que-20.000km-et-qu’il-laissait-à-un-prix-dérisoire. Et c’est ainsi que la plupart de nos curés connaissent aujourd’hui l’ivresse du volant et peuvent répondre à l’exaltant appel de la route. La solution est donc trouvée pour les vacances. Eventuellement, pour comprimer les frais, on se tasse à cinq ecclésiastiques dans une quatre places et en avant pour Lourdes ou l’Espagne. Mais la disponibilité du pasteur pour son enrichissement spirituel et intellectuel se trouve comblée : plus de problèmes pour se rendre aux congrès, tellement enrichissants – et combien nombreux ! – à notre époque. Ajoutons-y les sessions d’études, les week-ends de réflexion, les semaines sociales, journées nationales de ceci, rencontres internationales de cela, autant de raisons d’amortir la voiture. Certes, le permis de conduire n’est pas nécessairement gage de conduite irréprochable. Encore une fois, la corporation cléricale ne fait nulle exception à cette constatation absolument générale et généralement reconnue. Il y a parfois un manque de dispositions mais il semble que la Providence ait voulu éprouver certains pasteurs d’une façon parfois cruelle dans leur vie d’automobiliste . N’a-t-on pas vu il y a quelques années, quatre curés revenir par le rail alors qu’ils étaient partis par la route : la Chrysler d’avant 1935 avec laquelle ils avaient entrepris le voyage à la Côte d’Azur s’était désagrégée sur une nationale française, nul garagiste n’avait voulu reprendre les restes de l’engin et seul un brocanteur s’était laissé séduire par l’ensemble folklorique et leur avait généreusement allongé la somme de dix mille francs (français anciens). C’est le même chauffeur qui, poursuivi par un sort malin, a dû abandonner sur les bords du Pô une Cadillac douze places qui se prêtait à merveille aux transports en groupe dans un confort indiscutable – c’était une ancienne voiture de la Cour de Belgique – une puissance de moteur rare à notre époque – vingt-six chevaux – mais, funeste harmonie des chiffres, une consommation de vingt-six litres aux cent kilomètres… Ceci n’est pas tellement ruineux quand on l’amortit à de nombreux passagers mais quand un moteur de cette puissance se met à exploser à 2 kilomètres de Milan, qu’on a la vie sauve grâce à la proximité d’un fossé qui met à l’abri des effets peu sympathiques de l’explosion et qu’il faut ensuite trouver place dans les transports en commun pour regagner la Belgique, il est permis à ce curé de se demander s’il n’est pas la victime expiatoire de toute une génération. D’autant plus que, rentré en son presbytère, il se trouve être l’objet de poursuites du Ministère du commerce extérieur pour avoir exporté illicitement un véhicule ! Et l’on arracherait des larmes de pitié au rhinocéros le plus féroce quand on lui apprendrait que le même Fangio, lors d’une de ses dernières randonnées s’est retrouvé, sur une route du Brabant wallon, au volant d’une voiture de location, miraculeusement intacte alors que le véhicule se trouvait retourné au bord d’un talus. Et l’on appréciera la maîtrise de ce chauffeur malheureux qui déclarait qu’avant de s’extraire des ruines de sa conduite, qui fut intérieure, il avait pris la précaution d’en serrer le frein à main.
Certes, si la primauté est à l’automobile, n’a pas totalement disparu l’agrément du voyage en groupe par car ou train. C’est d’ailleurs moins fatigant et plus communautaire. Mais pas exempt de tout inconvénient. Un train doit être pris à temps et ne pas être perdu en route. Tel ce digne aumônier d’une œuvre des aveugles qui, au premier arrêt que commet le convoi pour charger un groupe d’adhérents au Congrès national où ils se rendent, s’empresse de sauter sur le quai pour prendre en charge les indigènes qui doivent se trouver groupés. Il cherche en vain : il ne voit pas les aveugles, les aveugles ne voient pas l’aumônier. Le chef de gare de cette villette avait, outre la chanson qu’ils ont tous, un sens assez cruel de la farce. C’est ainsi qu’il profite du moment où le remuant ecclésiastique s’engouffre dans le tunnel à chercher ses ouailles, pour donner le signal du départ. Au temps où les curés portaient soutane, ils restaient en permanence nantis de l’essentiel de l’appareil vestimentaire et de son contenu. Dans le cas présent, le clergyman n’avait pu résister à la température ambiante du train et avait très vite laissé tomber la veste. Celle-ci contenait, comme ça arrive souvent, le portefeuille de l’abbé. C’est donc un grand garçon en vareuse, démuni de quelque billet de chemin de fer, riche de quelques pièces de monnaie, qui se trouve dans la nécessité de chercher un taxi, d’obtenir du chauffeur sur la seule garantie de sa bonne mine, de le mener jusqu’à la capitale. Confortablement installé devant un taximètre qui comptabilise à une vitesse ahurissante un volume de kilomètres transformé automatiquement en une dette dont la progression ne s’harmonise pas nécessairement aux moyens d’un curé de campagne (le casuel lui ne connaît jamais de courbe ascendante), notre apôtre en est venu à regretter de ne pas connaître l’infirmité de ceux qu’il est censé mener vers l’évangélisation. Comme le dôme du palais de justice de Bruxelles se profile dans un proche horizon, notre abbé découvre la valeur de cette déclaration de Vauvenargues : « L’opportunité d’un service en double le prix ». Arrivé à destination, le curé des aveugles n’a aucune énergie à dépenser pour trouver emprunteur. Il se trouve enfermé dans le taxi par son propriétaire qui ne consent à l’en libérer qu’après l’avoir échangé contre les espèces sonnantes et trébuchantes, que veut bien lui remettre l’aumônier national, seule autorité patentée – et pourvue de deniers – qu’on trouve à l’atterrissage.
Mon oncle-curé
Dans nos milieux très chrétiens d’Europe occidentale, rares sont les familles qui ne peuvent se gausser de la possession à quelque branche de leur arbre généalogique, d’un lointain parent, oncle ou arrière-cousin, exerçant les fonctions ecclésiastiques entre l’Orient et le Pôle Nord. Pour ma part, je suis le parent pauvre et l’exception qui confirme cette règle enrichissante. N’ayant pas de parent curé, j’ai « adopté » un oncle-curé. Je l’ai choisi de campagne et de bonne compagnie, c’est-à-dire aimant la compagnie et de capacité telle qu’il dispose en sa cave de quoi transformer un auditoire morne en une communauté agissante et fertile en réjouissances fraternelles. Mon oncle-curé ne sait se classer entre ceux qui partagent leur cave ou aident les autres à partager la leur. Pour lui, chaque jour que fait le Seigneur est un cantique éternel et c’est surtout dans la création que l’on rend à l’Auteur de toutes choses le culte qui lui revient. C’est-à-dire que sans rechercher les occasions d’un très volontaire symbolisme chrétien qui élève les sentiments, il profite de celles qui se présentent. Et suivant que celles-ci sont prolifiques de bien ou non, il a adopté une fois pour toutes ce leitmotiv vulgarisant cette pratique philosophique : « Demain sera un autre jour » (4). A toute heure de jour et de nuit, mon oncle-curé est hospitalier et sa cave est toujours ouverte. Si vous le visitez le jour de sa fête, c’est religieusement qu’il vous servira un cru qui versera en vous un océan de bonté, parce qu’il étincelle depuis le temps qu’il faut à la chaleur des bûches. Le bouquet en rendrait jaloux l’abbé Serneels lui-même (5). A l’improviste, l’accueil n’en est que plus chaleureux parce que l’aubaine est inattendue mais le rubis foncé venant de la cave glacée qu’il partage, ennobli par l’âge et le repos, vous fait regretter de n’avoir pas annoncé la visite quelques heures auparavant, conscient que vous êtes de recevoir une onction dont toutes les indulgences ne sont pas réparties.
Le milieu rural où vit mon oncle-curé ne supprime pas tout problème domestique. Il en eut de multiples et les résolut en un acte de détermination, rare chez ces natures magnanimes, en renonçant à tout gouvernement. L’ambiance du canton, il faut le souligner, tournait ces dernières années, à l’indépendance (6).
La campagne est particulièrement fertile en problèmes de toutes espèces. Les bénédictions notamment y sont très largement revendiquées : récoltes, bétail, élevage, etc. Mon oncle-curé a notamment un confrère qui s’en vint, un jour, à un centre particulièrement réputé pour sa diffusion de toute production diocésaine, nationale, internationale mais nécessairement cléricale. Il cherchait un rituel pour les bénédictions spéciales à dispenser en période épidémique de fièvres aphteuse. Le gérant dont on sait l’esprit d’à propos, l’orienta immédiatement vers les éditions de La Bergerie qui, dans le sixième arrondissement de Paris, sont aussi connues de la catholicité, que n’est appréciée dans notre diocèse la « Revue diocésaine de Tournai ».
L’énergie de mon oncle-curé qui le détermina à renoncer à toute emprise dictatoriale en sa cure créait néanmoins chez cet homme particulièrement sociable un problème de solitude que ne comblait pas entièrement le contact, pourtant fréquent chez ce pasteur authentiquement zélé, avec son troupeau. Le vide du presbytère lui était pénible et il s’accorda la fantaisie d’un compagnon aussi fidèle que bruyant en se rendant maître et propriétaire d’une chienne. Tenant du basset et du ratier, cet animal, malgré l’absence de tout pedigree, accusait tout de l’authentique chien de rue. Sa conversion fut vite opérée et il devint en quelques jours le plus parfait chien de curé. Hélas, la loi canine est la même pour tous et le phénomène de la mue printanière et automnale s’accusait d’une façon spectaculaire sur la soutane de son seigneur et maître. La première session du Concile vint heureusement arbitrer cet inconvénient vestimentaire et mon oncle-curé choisit comme complet un anthracite jaspé sur lequel les envahissantes caresses du brave animal ne faisaient pas apparaître les saisons.
S’il est un aspect touchant de la personnalité de mon oncle-curé, c’est la simplicité. Peu doué pour les grands effets prédicatoriaux, n’accuse-t-il pas lui-même n’avoir jamais connu la concupiscence de la chaire. Et pourtant, certaines prestations homilétiques sont pour lui un cruel pont-aux-ânes. Notamment, quand la horde de ses neveux – car nous sommes nombreux dans le clan par le sang ou par l’adoption – se rendant maître des lieux le samedi soir pour l’organisation d’une agape aussi paroissiale que familiale, commettent l’incorrigible distraction d’égarer le texte du sermon du lendemain. Sermon que doit improviser celui qu’on a salué le matin de l’originale appellation de « mon oncle-Lacordaire » avec la conscience qu’en dessous de la chaire de vérité, une quarantaine d’yeux de neveux et nièces, regardent son nez et attendent la minute où l’homélie va bifurquer vers la récitation des prières du chrétien.
Si l’accident veut que certains membres du clergé me lisent, qu’ils sachent que c’est la première fois qu’il m’est offert d’écrire dans une revue d’une telle tenue. Le ton que j’ai pris est celui que connaissent mes amis, et je crois en avoir quelques-uns dans la corporation dont je parle et j’ai cru pouvoir rester tel qu’on m’accepte habituellement. Si j’ai choisi ce thème du curé, c’est que j’ai remarqué que si certains auteurs en parlent d’abondance, d’autres évitent délibérément d’en traiter. L’auteur le plus lu de notre époque, bien que fils soumis de la sainte Eglise, n’y fait guère allusion dans ses nombreux ouvrages (7). Un autre qui devient spécialiste du thème et les présente sous un jour qui se veut sympathique met dans la bouche de ses personnages des paroles telles que : « Je ne vous aime pas parce que vous êtes un curé » (8). Pour ma part, je ne sais être compliqué et considérant le prêtre par le jeu du contraste, j’en traiterai peut-être encore si l’on ne m’en veut pas trop (9).
(1) Il convient de signaler toutefois la régularité avec laquelle paraissent certaines éditions résolument « d’Eglise » dans le titre et le contenu, même si la périodicité est évangéliquement de sept fois l’an.
(2) Ceux qui ont quelque lettre s’inspirent parfois d’ailleurs de l’Alceste originel à qui Molière fait déclarer : « Quel besoin si pressant avez-vous de rimer et qui diantre vous pousse à vous faire imprimer, pour prendre de la main d’un imprimeur le nom de ridicule et misérable auteur ? »
(3) M.-J. LORY, Quatrième vicaire, Desclée De Brouwer. Roman d’humour racontant les avatars d’un étudiant de Sorbonne qui, pour gagner sa vie embrasse provisoirement la profession de bedeau.
(4) Autant en emporte le vent, film d’après-guerre, avec des artistes d’avant-guerre sur un thème de toujours.
(5) Félix TIMMERMANS, Le curé de la vigne en fleur, Editions l’Essor, traduction française de Jos. Maenhaut.
(6) C’est dans ce doyenné que l’on raconte cette anecdote qu’on prétend authentique, depuis qu’on n’en connaît plus l’auteur, du curé de X. qui n’était vraiment maître chez lui que lors des trop rares absences de sa ménagère. Le fait était connu et les confrères ne manquaient jamais, en toute charité fraternelle, de déplorer avec excès l’esclavage du pasteur assujetti. Un jour de conférence où les sarcasmes se sont manifestés avec une telle ampleur, après le dernier bourgogne, notre victime rentre chez lui, bien résolu à redresser la situation et à reprendre le gouvernail de sa maison d’une main aussi ferme que cléricale. Et le voilà, rentrant au presbytère, accueilli par sa gouvernante qui l’apostrophe immédiatement : « Et alors, Monsieur le Curé, qu’est-ce qu’on a raconté en conférence ? » Notre Lagardère se blindant dans une attitude aussi inattendue que patronale de déclarer : « Marie, à la conférence, on a dit que le curé était maître chez lui et n’avait de compte à rendre à personne ». Il avait sorti cela d’un seul jet avec une audace qui le laissait pantois. Il y eut un moment de stupeur dans le chef de celle qui se considérait à la fois comme le premier vicaire et le doyen de la paroisse. C’st toutefois très calmement qu’elle croisa les bras et toisant la victime qui, déjà, s’était ratatiné dans sa bergère, lui rétorqua : « Ah ! on a dit ça en conférence, Monsieur le Curé ? Eh bien, puisque c’est comme ça, vous n’irez plus en conférence, Monsieur le Curé ».
(7) HERGE, Les aventures de Tintin, Casterman, Tournai, Paris.
(8) Michel de SAINT-PIERRE, Les nouveaux aristocrates, Editeur Calmann-Lévy, Paris.
(9) Les anciens prêtres : ce que j’écrirai, un jour, si mes clients m’en laissent le temps et… si je trouve un éditeur.
Miracle
Un mort à Lourdes… Un miracle à Froyennes.
Cela se passe dans les années 60. Le curé de Froyennes, l’abbé Derache, est l’aumônier des brancardiers qui accompagnent les pèlerinages du diocèse de Tournai à Lourdes. Ce sont des années fertiles en dévotion mariale. Quatre ou six trains vont à Lourdes chaque année, en mai et juillet. La fraternité des brancardiers de Notre-Dame est une amicale très soudée dans laquelle toutes les classes sociales se confondent. La fidélité y est très grande et dépasse parfois toute imagination. Un commerçant de Tournai, qui a vécu très longtemps, n’a-t-il signé un palmarès de 98 pèlerinages à Lourdes, tous au service des Malades?
J’étais l’imprimeur de cette fraternité et je lui rendais les services que je pouvais. Notamment, de conduire, chaque année au train, mon ami Jean Tranchant, le frère de l’oncle Albert. Contremaître de la brasserie Carbonnelle, Jean n’aurait pu transporter à pied les quelques casiers d’« Ekla » qui constituaient, sinon le viatique, au moins le soutien indispensable à leur activité débordante. Ce n’est rien de le dire, il fallait le faire ! Des malades, des bien-portants, du matériel, des civières ou voiturettes (rares à cette époque), tout cela à accueillir, à caser, à charger et décharger. Arrivés à Lourdes, leurs longues journées de service étaient facilitées par une station apéritive qu’ils faisaient, chaque jour, au café du « Roi Albert » qui était, près du vieux-pont-du-Gave, le rendez-vous des Belges. « Hureus’min qu’on a cha » (cha, c’était le Picon) déclarait Rodolphe Derache, doyen des brancardiers, « sineon, on n’tiendreot pos l’coup ». Ils faisaient tout pour tenir le coup avec la collaboration – oh ! combien active – du chanoine Dewinter, directeur des pèlerinages.
Et voilà qu’un midi, lors de cette réunion apéritive, Jean Tranchant, annonce à Monsieur le curé de Froyennes, qu’Adil est mort. Adil Decaluwé, sans doute l’ancêtre à ce moment de cette merveilleuse famille, qui habitait Froyennes et était donc paroissien de l’aumônier Derache. Immédiatement, celui-ci demande d’avertir ses paroissiens présents au pèlerinage, qu’il célèbrera la messe le lendemain, à l’autel Ste-Bernadette, à la mémoire d’Adil. On ne peut pas faire plus et, pour un bon curé de paroisse rurale, on ne peut pas faire moins…
Quelques jours plus tard, le train des pèlerins rentre en gare de Tournai. De nombreuses familles attendent leurs proches. Qui reconnaît-on sur le quai ? Adil Decaluwé !
Non, il n’était pas ressuscité. Le courrier entre Jean et Florence présentait une erreur : c’était le beau-père de Joseph Decaluwé qui était décédé et non pas Adil qui vécut encore quelques bonnes années.
Ceci est donc une histoire qui remonte à une quarantaine d’années. Elle m’a paru très belle parce qu’elle raconte d’émouvantes réalités de cette époque à un niveau chrétien, communal, paroissial. Ces communautés sont en voie de disparition, hélas. Mais il me paraît évident que les joyeux efforts que font les Decaluwé pour garder en vie l’esprit familial sont à admirer et à imiter.
Pour ma part, fier d’une nombreuse descendance, j’en prends de la graine et c’est très sincèrement que j’apporte ce témoignage fraternel.
Le Patro Saint-Louis
Gaston et Michel
C’était en 1942. Il y avait une semaine technique pour les dirigeants de Patro qui se tenait à Loverval. Elle était réservée à la régionale de Charleroi. A cette époque, les Patros connaissaient une prospérité sans cesse grandissante. Nous avions une régionale à Tournai, outre St-Louis (le plus grand !), des St-Piat et St-Nicolas étaient fort fréquentés. Mais une équipe de St-Louis s’est rendue à Loverval. Pourquoi ? Parce que Guignol qu’avait inventé l’incontournable Georges Petit avait été commercialisé intelligemment par l’abbé Debraquelaire. Une édition « Guignol moderne » était née et l’on vendait des plans de théâtre, de décors, des marionnettes, des sketches, des plans d’habits… On est allé exposer tout cela pour nos cousins carolos. Si mes souvenirs me servent bien, devaient être de l’équipée : Georges Petit, Manu Lefèbvre, Maurice Bufkens, André Gosse, Gaston Carette, Michel Allard, Jacques Desprez et Pol Guilbert. Gagner Loverval par le rail, ce n’était pas une sinécure, d’autant qu’on emportait avec nous le matériel d’exposition en ce compris notre théâtre de Guignol démonté, c’est-à-dire de hautes planches, des valises dont on croulait sous le poids en sus de notre modeste bagage. En train, on faisait Tournai-Mons, Mons-Charleroi et en vicinal, Charleroi-Loverval. Ces transports en commun, durant la guerre, étaient souvent combles. C’est ainsi que le grand Michel a fait Charleroi-Loverval sur un marchepied du tram en tenant, à l’extérieur, les plus grandes planches du Guignol. On descendait, pour ce rassemblement, à l’Institut St-André de Loverval, vaste complexe scolaire entouré d’un parc magnifique. Mais il n’y avait pas place pour nous loger. Les organisateurs nous avaient découvert un grenier perché au-dessus d’une porcherie. Il y avait un grand lit, quelques paillasses et de la paille. On était une bande de copains en expédition, le roi n’était pas notre cousin. Bien sûr, il n’y avait aucun éclairage sinon que nous étions équipés d’une lampe de poche. Dans les recommandations de l’abbé Debraquelaire, il y avait entre autres exigences de discipline : « le soir, on s’endort en pensant au Patro ». Recommandation bien superfétatoire car, comment eussions-nous pu faire autrement ? Nous faisions mieux que d’y penser, nous l’évoquions, nous le vivions.
Et c’est ainsi qu’un soir, les grognements des cochons s’étant tus, l’obscurité aidant à la confidentialité, une voix s’est exprimée doucement. Doucement parce que tout ce que faisait notre ami, c’était doucement. Il avait accepté au Patro, les tâches les plus domestiques. Il était percepteur des cotisations du dimanche (25 ou 50 centimes ?), il était bibliothécaire avec sa blouse marron qu’il portait comme un serviteur de grande maison. Et voilà ce que disait Gaston : « Michel, je voudrais te dire une chose. C’est que tu n’es pas de la même classe que la plupart d’entre nous. Mais tu es simple, tu es gentil avec tout le monde et ça, je tiens à te dire que je l’apprécie ». Je crois que la confidence de Gaston s’est arrêtée là. Il n’était l’homme des grands discours mais, le climat aidant, il osait être expressif dans la communication d’une vérité qu’il portait en lui. Cela – il ne s’en rendait peut-être pas compte – c’était la délivrance des lettres de noblesse de l’œuvre sociale qu’était le Patro en même temps que de l’authenticité de la véritable amitié. On la vivait, c’est vrai mais on avait rarement l’occasion de la définir. Gaston était fils d’agent de police, il habitait ces logements sociaux « A l’garzerne » comme disaient les Tournaisiens, c’est-à-dire la caserne des Agents de Police. Michel habitait une sorte de château mais ne tirait aucune vanité de quoi que ce soit ni même, par exemple, de ses exploits sportifs. C’est dans ces années-là qu’il jouait en « première » au Racing mais plutôt que de fêter une victoire – ou de noyer une défaite – il arrivait le dimanche soir au patro pour jouer au ping-pong ou au foot de table.
Ce qui est vrai, c’est que Michel était presque une exception au niveau fréquentations sociales. Pour peu que je me rappelle, il n’y avait guère que Jean Voisin (jeune avocat décédé en 44) et, plus tard, Henri Chandelon, à être des élèves du Collège, à fréquenter un patronage. C’était, chez les bourgeois de Tournai, considéré comme le rassemblement des pauvres d’esprit…
Mais les classes sociales, pour ceux qui aimaient les maintenir, existaient. C’est ainsi que… je reviens à Loverval. Le jour du retour, Michel me demande : « t’as pas envie qu’on passe par Bruxelles, tu pourrais voir tes oncle et tante ? ». C’est vrai qu’on disposait d’un ticket qui nous permettait, tout autant de passer par Bruxelles plutôt que Charleroi. Je n’avais à ce moment, sans doute jamais vu Bruxelles et Michel me promettait une visite du Bois de la Cambre. J’ai donc accepté. Pourquoi Michel me parlait-il de mes oncle et tante, c’est qu’Eloi et Mariette Guilbert étaient concierges d’un complexe immobilier au coin de l’avenue Louise et de l’avenue Jeanne. La tante de Michel y habitait et devait en être propriétaire ou co-propriétaire. Quand Michel descendait chez sa tante, il ne pouvait pas fumer dans ce luxueux appartement alors, il descendait aux cuisines-caves dans la loge d’Eloi et Mariette qui étaient tout fiers d’accueillir « Monsieur Michel » qui venait y fumer sa pipe et converser de Tournai. Bon, après un tour en forêt de Soignes, sur le coup de midi, nous arrivons chez nos tantes. J’avais 16 ans mais jamais, je n’avais pris un ascenseur. C’était, à cette époque, des… (texte non terminé)
Salut, Sarragos!
Salut, Sarragos !…
(air : « les Baladins » de Gilbert Bécaud)
Ce portrait est dédié à M. Maurice Duhaubois qui, avec les Amis de Tournai, a « ressuscité » Sarragos.
1. Ein matin gris, à l’Assistanc’ publique,
A l’Hôpital, ch’est là qu’on t’a trouvé !
Comm’miséreux, t’étéos l’merci-pratique :
T’aveos deux meos, t’éteos abandonné…
Et te brayeos seur’mint, mansé dins t’cottin d’toile
Et tes vieill’s noirtes loqu’s qui f’seottent t’cul tout nu !
Sur’mint, te n’éteos pos né sous ein’ beonne étoile,
Et t’mopèr’, certain’mint, cha n’éteot pos du ch’nu !
Tout l’meonte i-a oblié l’neom qu’on t’aveot queusi
Puisque ch’t’ein sobriquet qui t’as mis dins l’histoire…
Des infants malhureux, t’as fait ein’ pach’ de gloire :
Tout l’meonte i-a oblié qu’on t’app’leot Alexis !
Te d’viendras, paufe infant trouvé,
Ein personnache, ein perseonnache…
Te d’viendras, paufe infant trouvé,
No Sarragos, infant d’Tournai !
2. Bin pus d’ein queop, t’as dû canger d’nourrice,
Avant d’dev’nir l’esclaf’ des p’tits gamins…
Ein capieau claque, ein tablier d’toil’ grisse,
Ein’ grant’ capot’, ch’éteot là t’n’habill’mint :
Ch’éteot l’accoutremint ed’tous les collets rouches,
Pour qu’on sait bin ainsin qu’cha n’éteot qu’des pourvus !
Du cachet de l’misère, on t’a marqué à l’louche,
Et dev’nir comme ein éaut’, te n’areos pos pouvu !
T’as berdélé pou t’queompte après des aclopins
Qui t’eont fait pus d’ein’ nich’, pour que te t’fout’s in rache…
Te queurreos après euss sur tes bottin’s à daches…
T’aveos b’souin, pou t’ormett’, d’aller boire ein verquin !
T’es dev’nu, dins l’z’estaminets,
Ein personnache, ein personnache…
T’es dev’nu, dins l’z’estaminets,
No Sarragos, pauf’ de Tournai !
3. Mais aujord’hui, au mitan de l’Grand-Plache,
T’es t’à l’honneur, t’ov’là avec les Grands…
L’solel i uit… musique… ormue-ménache…
Tournai in fiête, in t’n’honneur, bat ein ban !
Fini l’temps qu’on crieot : « Aïou !Aïou ! Coul’douche ! »
Asteur, t’ov’là l’prumier après no Rein’Tournay !
Binhureux de t’moutrer pas d’vant les Collets rouches,
Te viens faire ein pas d’dans, pa d’vant l’z’autorités !
Ch’est acor là qu’t’es l’mieux, puteot qu’dins ein musée…
Quand des airs tournaisiens, el’foule ell’se pourlèche,
Tout l’meonte i-est bin d’accord, au soir des quat’cortèches,
El plach’ de Sarragos, ch’est dins les rues d’Tournai !
Te rest’ras, pour l’éternité,
Ein personnache, ains personnache…
Te rest’ras, pou l’éternité,
L’grand Sarragos, géant d’Tournai !
Pol Guilbert
Concours Prayez 1977
Premier prix : Prix Georges Delcourt
(air : « les Baladins » de Gilbert Bécaud)
Ce portrait est dédié à M. Maurice Duhaubois qui, avec les Amis de Tournai, a « ressuscité » Sarragos.
1. Ein matin gris, à l’Assistanc’ publique,
A l’Hôpital, ch’est là qu’on t’a trouvé !
Comm’miséreux, t’étéos l’merci-pratique :
T’aveos deux meos, t’éteos abandonné…
Et te brayeos seur’mint, mansé dins t’cottin d’toile
Et tes vieill’s noirtes loqu’s qui f’seottent t’cul tout nu !
Sur’mint, te n’éteos pos né sous ein’ beonne étoile,
Et t’mopèr’, certain’mint, cha n’éteot pos du ch’nu !
Tout l’meonte i-a oblié l’neom qu’on t’aveot queusi
Puisque ch’t’ein sobriquet qui t’as mis dins l’histoire…
Des infants malhureux, t’as fait ein’ pach’ de gloire :
Tout l’meonte i-a oblié qu’on t’app’leot Alexis !
Te d’viendras, paufe infant trouvé,
Ein personnache, ein perseonnache…
Te d’viendras, paufe infant trouvé,
No Sarragos, infant d’Tournai !
2. Bin pus d’ein queop, t’as dû canger d’nourrice,
Avant d’dev’nir l’esclaf’ des p’tits gamins…
Ein capieau claque, ein tablier d’toil’ grisse,
Ein’ grant’ capot’, ch’éteot là t’n’habill’mint :
Ch’éteot l’accoutremint ed’tous les collets rouches,
Pour qu’on sait bin ainsin qu’cha n’éteot qu’des pourvus !
Du cachet de l’misère, on t’a marqué à l’louche,
Et dev’nir comme ein éaut’, te n’areos pos pouvu !
T’as berdélé pou t’queompte après des aclopins
Qui t’eont fait pus d’ein’ nich’, pour que te t’fout’s in rache…
Te queurreos après euss sur tes bottin’s à daches…
T’aveos b’souin, pou t’ormett’, d’aller boire ein verquin !
T’es dev’nu, dins l’z’estaminets,
Ein personnache, ein personnache…
T’es dev’nu, dins l’z’estaminets,
No Sarragos, pauf’ de Tournai !
3. Mais aujord’hui, au mitan de l’Grand-Plache,
T’es t’à l’honneur, t’ov’là avec les Grands…
L’solel i uit… musique… ormue-ménache…
Tournai in fiête, in t’n’honneur, bat ein ban !
Fini l’temps qu’on crieot : « Aïou !Aïou ! Coul’douche ! »
Asteur, t’ov’là l’prumier après no Rein’Tournay !
Binhureux de t’moutrer pas d’vant les Collets rouches,
Te viens faire ein pas d’dans, pa d’vant l’z’autorités !
Ch’est acor là qu’t’es l’mieux, puteot qu’dins ein musée…
Quand des airs tournaisiens, el’foule ell’se pourlèche,
Tout l’meonte i-est bin d’accord, au soir des quat’cortèches,
El plach’ de Sarragos, ch’est dins les rues d’Tournai !
Te rest’ras, pour l’éternité,
Ein personnache, ains personnache…
Te rest’ras, pou l’éternité,
L’grand Sarragos, géant d’Tournai !
Pol Guilbert
Concours Prayez 1977
Premier prix : Prix Georges Delcourt
lundi 19 avril 2010
Tribunal du Travail
Pour la première fois depuis cinq ans, je sors de mes catacombes où mon état de juge au rebut m’a confiné, très content d’y accueillir bientôt mon cher collègue pré-retraité, my dear Hinri, avec qui je pourrai discuter pendant l’éternité, certain que nos points de vue ne se rencontreront jamais puisque, quand de guerre lasse, j’opinerai dans son sens, il changera aussitôt de camp pour se retrouver dans le mien : tel est notre destin d’être amicalement et pour toujours bardé d’opinions contraires !
Mais je devrai d’abord m’efforcer – en vain d’ailleurs – de le convaincre de la béatitude de la retraite ! Mais comment y parvenir vis-à-vis de celui qui n’accepta jamais nos humbles vacances judiciaires, profitant de celles-ci pour forcer nos greffières à un marathon de jugements qui ne prenait fin qu’avec la rentrée. Comment réussir l’éloge de la paresse à l’égard de qui cultive avec frénésie le vice de l’ouvrage sans cesse inachevé. Cet homme est une horloge sans remontoir, doté d’une pile inusable et d’un mécanisme allergique à tout détraquage ! Dès lors, la reconversion au temps qui passe, sans rien en faire, quel vaste programme, à vrai dire quelle œuvre insurmontable !
Imaginons comment utiliser cet homme industrieux dans l’état de retraité à qui toute industrie est désormais interdite !? Quel sera son nouveau destin ? Va-t-il comme Candide, cultiver son jardin ? Il se lamentera de ne plus rencontrer de contradicteur, les taupes, musaraignes et mulots étant des personnages plutôt taiseux et fort peu portés à la discussion. Va-t-il entreprendre à pied, le bon pèlerinage auprès de St-Jacques de Compostelle ? Renseignements pris, le bon St-Jacques n’en veut à aucun prix. Jusqu’ici ses visiteurs l’ont toujours louangé et béni ; ce n’est pas après des siècles de gloire qu’il acceptera la contestation.
Désespérant pour le futur du plus récalcitrant des bienheureux élus au repos éternel et, dans la recherche de la solution finale, voici que pour mieux appréhender l’avenir, je me suis penché sur son passé.
Monsieur le Président et Monsieur l’Auditeur du Travail ont fait de notre juge jubilaire un éloge académique ; permettez, mes chers collègues, qu’un ancêtre de votre corporation, l’homo archivus que je suis, tente sur la personnalité de notre héros, une recherche scientifico-généalogique. Comme il y va de tous les grands hommes , des savants austères fouillent dans le plus lointain passé de ces humains supérieurs pour y découvrir l’origine et l’explication de leurs gênes.
Dans la tradition biblique de l’humanité, celle-ci a failli disparaître par la colère de Dieu ; seul Noé, sa famille et un couple de chaque espèce trouvèrent grâce devant le céleste courroux. Remontons donc au déluge ou tout juste après, lorsque Noé et ses enfants virent, après le retrait des eaux, la terre reverdir et pousser la vigne. Et le livre de la genèse parlant de Noé, s’exprime alors en ces termes : « Il but du vin, s’enivra et se dénuda au milieu de sa tente. Cham vit la nudité de son père et en fit parler à ses deux frères au dehors. Sem et Japhet prirent un manteau et le mirent à eux deux, sur leur épaule, puis, marchant à reculons, ils couvrirent la nudité de leur père. Leur visage étant tourné en arrière, ils ne virent pas la nudité de leur père ». Vous savez qu’à son réveil, Noé maudit Cham et la race de Canaan qui devint l’esclave de ses frères Sem et Japhet.
Ici se pose la question délicate, H.V.O. est-il descendant de Cham, race maudite ou issu des bons fils Sem et Japhet qui couvrirent leur père ? La réponse logique et génétique nous est donnée par la jurisprudence d’H.V.O. lui-même. Ce n’est pas pour des prunes qu’envers et contre tout et notamment envers la Cour de Cassation, H.V.O. a toujours défendu l’incorporation des vêtements de travail dans le salaire de base. Jamais H.V.O. n’aurait accepté que Noé se dénudât après le travail de la vigne ; qu’il s’enivrât, très bien ; qu’il se dénudât, jamais ! Nous savons ainsi avoir affaire à un descendant de la race élue de Sem ou Japhet !
Mais je vous vois, êtres impies et sans Dieu qui peuplez ici nombreux cette salle, proférant que vous n’avez qu’une confiance limitée dans les élucubrations légendaires de la Bible et que vous souhaiteriez une explication scientifique qui, du bing bang aux grands singes anthropomorphes, nous conduirait sur les traces d’H.V.O. Eh bien, voici le résultat de mes recherches laborieuses : Il est bien difficile de distinguer des parcelles d’H.V.O. dans le bing bang originel, il y a, il est vrai, quelque 15 milliards d’années et pas davantage quand il y a 4 milliards 600 millions d’années, la terre, notre planète, s’est formée. Dans les premières cellules vivantes possédant un noyau, y-avait-il déjà un noyau-dur à cuire – du nom d’H.V.O. ? Où et comment : mystère et boule de gomme !
Mystère aussi, sa présence, il y a 230 millions d’années parmi les premiers dinosaures et mammifères encore que… encore que, en sa qualité d’hennuyer de bonne souche malgré un nom ménapien, je pencherai pour l’iguanodon de Bernissart mesurant 9 m. de haut, 10 m. de longueur et pesant 5 tonnes. Cinq tonnes, c’est vraiment beaucoup, direz-vous, si on compare avec un H.V.O. d’aujourd’hui. Mais réfléchissons un peu : si l’on y ajoute les codes belges toujours à sa portée et tous les ajouts savamment découpés et collés ainsi que le poids de ses jugements en réouvertures des débats, on trouvera sans doute là l’explication des cinq tonnes !
Après la disparition des dinosaures, nous avançons lentement dans les différentes ères : voici les premiers singes quelque 40 millions d’années avant cette soirée et bientôt six millions d’années seulement de nous, c’est l’époque de l’homo erectus (tout à fait erectus que nous distinguons ainsi malgré ses vêtements de travail) et là, je crois bien repérer une variante originale, l’homo Vanoverstratus. Et l’homo sapiens, H.V.O. est-il passé par là ? En dépit de mes efforts à la trace, je ne vois pas vraiment qu’il soit de la race sapiens.
Enfin, avec l’apparition des hommes de Cro Magnon, Néanderthal et autres cousins de Spy, nous entrons dans l’industrie de la pierre, au cours de laquelle l’homo Vanoverstratus se couvre de peaux de bête dont le coût sera répercuté dans le prix de revient du silex avant que la sécurité sociale et l’homo Vanoverstratus moderne ne décidèrent du sort de l’homme de la pierre, victime d’un accident de travail.
Et nous entrons déjà dans les âges préhistorique et historique, le temps de quelques secondes par rapport à la vie avant l’ère quaternaire.
Au temps de Jules César et la conquête romaine (tu vois, Henri, il y avait déjà en ces temps-là un Jules pour t’enquiquiner !!) à l’époque de la guerre des Gaules, dis-je, les Belges étaient les plus braves (selon les commentaires du cousin Jules) parce qu’ils vivaient les plus éloignés de la civilisation et que les délices de celle-ci ne les avait pas encore amollis. Et les plus braves d’entre eux, les plus éloignés de la civilisation, étaient au nord, les ménapiens. Le druide Vanoverstratix faisait-il partie de la tribu des Ménapiens ou des Nerviens où beaucoup plus tard sa descendance a fait souche. Le nom et la bravoure du descendant que nous connaissons le mieux inclineraient à le croire bon ménapien bien qu’aujourd’hui, il en ait quelque peu oublié la langue.
Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, notre contrée gallo-romaine a subi les invasions des Goths, des Wisigoths ; et lorsque nous étions à l’école, nous y ajoutions volontiers les saligauds. Ce n’était évidemment qu’une aimable plaisanterie de potaches et les ascendants Vanoverstratix n’en faisaient bien sûr point partie pour la bonne raison que ces saligauds n’existaient que dans notre imagination débridée.
Vint l’invasion franque et l’implantation de la dynastie mérovingienne à Tournai avec notre roi Childéric Ier. C’est alors que le Vanoverstratix de l’époque se présenta dans la cité royale pour briguer la Cour de Cassation du bon roi Childéric. Il déploya un tel zèle en faveur de l’Etat childéricien que le bon roi Childéric fit ciseler pour son épouse Cunégonde des abeilles en or serties de pierreries si brillantes qu’on pouvait s’y mirer, si bien qu’en les recevant des mains de son mari Vanoverstratix, an nom du roi, la belle Cunégonde s’écria : « Ah je ris de me voir si belle en ce miroir ». Ce fut à ce moment qu’un gamin de Tournai – vous savez, de ceux qui sonnent à les portes et qui font tcher les séaux tchan qui siont plein d’ieau » - un gamin de Tournai s’écria en face de Cunégonde : « Qu’t’dis », l’expression est restée si populaire qu’elle est entrée dans l’histoire.
Il arriva qu’un peu plus tard, Childérix mourût et que son fils Clovis guerroya vers le Sud, établissant d’abord son royaume à Soissons où un fils de Vanoverstratix, quelque peu maladroit, cassa le vase ; puis Clovis s’établit à Paris où ce même fils fonda « les Folies Bergères ».
Après Clovis, le temps m’a manqué pour explorer davantage dans le passé de notre juge jubilaire. Je m’en console en me disant que dans l’avenir qui nous est grand ouvert à tous deux, nous pourrons ensemble nous lancer à la conquête de nos racines généalogiques.
Je me vois déjà cherchant avec lui nos aïeux dans la bataille des Eperons d’or le 11 juillet 1302 ; son aïeul à lui combattait vaillamment dans les rangs des communiers flamands, brandissant un « goedendag » et jurant dans la langue de Vondel avec un déplorable accent du Roeulx tandis que mon aïeul, du côté de la chevalerie française avec le seigneur de Mouscron, se faisant héroïquement massacrer par le goedendag de Van Overstraeten car entretemps, Vanoverstratix avait germanisé son nom.
Bien sûr, la chevalerie française fut battue à plate couture dans la plaine de Groening mais n’oubliez pas, cher collègue, que vous-même fûtes défait pour de bon quelque temps plus tard aux revanches de Mons-en-Pévèle et West-Roozebeke.
Mais nous voici déjà à la Révolution française où vous savez, la jeune république annexa notre petite terre d’héroïsme de 1794 à 1815. L’aïeul d’Henri ne l’entendit pas ainsi : il eut la curiosité d’aller voir de l’autre côté du carcan de la guillotine ce qui s’y passait et en perdit la tête.
Heureusement pour son descendant, sous Guillaume d’Orange, il fut seulement arrêté pour avoir contesté l’arithmétique hollandaise et le roi eut quand même la bonté de lui faire porter des oranges en prison où il moisit jusqu’à ce que le Belge se décida à sortir du tombeau.
Enfin, en 1970, le dernier rejeton des Vanoverstratix sous Childéric, devenus ensuite des Van Overstaeten dans la plaine de Groening, descendit un jour de Bruxelles à Tournai où un illustre linguiste local, le chevalier Guilbert de la source des Mottes, requit qu’on l’appelât désormais en picard sous le nom de Vanoverstratte.
Tu vois, mon cher Henri, j’en ai presque fini et tu pourras dire que comme d’habitude, j’ai dit n’importe quoi ! Grâce au ciel, nous avons tout l’avenir devant nous pour confronter nos vérités, dans l’espoir qu’elles ne seront jamais les mêmes car si un jour tu devais tomber de mon avis, je m’inquièterais très sérieusement et j’irais soufflant dans l’oreille de nos collègues : « J’ai bien peur qu’Henri ne commence la maladie d’Alzheimer ou quelque autre démence sénile !
Ce n’est pas pour tout de suite ; je vois à tes yeux vifs que tu es prêt à te lever pour m’apporter la contradiction.
Libellés :
Henri Van Overstraeten,
Tribunal du Travail
Guy Agneessens
Vous voici donc réunis à l’issue de cette messe solennelle qui marquait la quarantième anniversaire de prêtrise de votre archiprêtre Dom Guy Agneessens. Et, tout rempli d’indulgence, le Conseil paroissial de St-Paul a fait choix de votre humble serviteur pour porter l’hommage de votre attachement et de votre reconnaissance à notre distingué Jubilaire. C’est une tâche difficile devant l’étendue de ses mérites et les dimensions de son talent.
Un mot simplement, et ceci est une chose que peut-être beaucoup d’entre vous ignorent, c’est sa première destination. Le lendemain de son ordination, Monseigneur Himmer le nommait à Tournai, vicaire de la paroisse de la Madeleine. Mais il n’a pas eu le temps de s’y installer. Le Collège St-Vincent de Soignies ayant besoin d’un jeune prêtre de plus, c’est là qu’il était envoyé une semaine plus tard. Il devait y rester plus de vingt ans dont les dix dernières années comme Principal. Principal, ne l’oublions pas du plus important Collège de notre diocèse. Je ne me laisserai pas tenter de vous conter tout ce qu’il a pu faire là-bas, ce n’est pas mon propos, mais l’importante délégation de Sonégiens qui nous a rejoint pour cet anniversaire dit assez quel souvenir il y a laissé.
Nous sommes à St-Paul et c’est de son action pastorale chez nous pendant près de vingt ans qu’il s’agit. Si je devais faire référence à l’Evangile, j’évoquerais la Parabole des talents. Cette Parabole, je l’ai toujours trouvée un peu inquiétante, tellement elle est exigeante. Non, nous ne serons pas jugés tous sur un modèle standard, mais sur les dons, autrement dit les talents que l’on a reçus à la naissance et dont il s’agira de présenter le bilan devant le grand Comptable éternel. Et là, voyez-vous, en ce qui concerne notre Archiprêtre, oh là là… croyez-moi, je suis bien tranquille. Certes, des talents, il en a reçu énormément mais il ne les a pas enfermés dans le secret du coffre d’une banque. Non, il les a partagés avec un très grand bonheur. Tout jeune, déjà à l’école et au patronage, il était un garçon rieur, même peut-être, à l’occasion un petit peu farceur. Et, à l’exemple de quelqu’un qu’il aime beaucoup, je parle de St-François d’Assise, il est vite devenu un semeur de joie. Et tous ceux qui l’ont approché de près et, dites-moi, vous tous qui êtes ici, ne l’avez-vous pas connu et apprécié de près ? Et cela ne vous a peut-être pas frappé parce que vous vous y êtes habitués tout de suite : avec Dom Guy, on a toujours beaucoup ri.
Et je me demande, voyez-vous, s’il n’était pas sous influence d’une culture que j’appellerais volontiers Sa culture pagnolesque. Et j’ose faire un parallèle entre notre Archiprêtre et Marcel Pagnol. D’abord, ils étaient l’un et l’autre des fils de Maîtres d’école. Monsieur Alphonse Agneessens était grand dans tous les sens du terme et c’était un chrétien qui menait ses élèves de l’enseignement publique à la messe du dimanche. Joseph Pagnol, lui, c’était un laïc mais l’un et l’autre avaient une très haute idée de leur tâche d’éducateur et l’art d’enseigner les belles lettres. Les Kainois savent ce qu’il doivent de l’histoire de leur village à la plume de Monsieur Alphonse. Et n’est-ce pas plus dans son subconscient, que de l’avoir lu dans les livres, que Guy Agneessens a toujours été fidèle au rire, à la joie?
Et je ne peux pas passer sous silence tout à la fois l’émotion et la joie qu’il fait si souvent passer dans notre assemblée lors de ses prêches du dimanche. Et notre Jubilaire a très vite découvert le secret de captiver et d’émouvoir les foules. Et ce qu’il nous enseigne, il le fait avec un enthousiasme contagieux. Ce n’est pas un docteur de la Loi, il n’emploie pas un langage de fiction mais nos cœurs se laissent facilement envahir par l’immense joie d’espérance que rayonne son propos. Et l’un d’entre vous, parmi les plus anciens, me confiait dernièrement que, du bout de son banc qui se trouve le long de notre merveilleuse vitrine, qui donne sur la nature du Bon Dieu, en partant de la petite fontaine du baptistère, entourée des belles fleurs que depuis toujours, celle qu’on appelle Madame Aline, orne avec autant de talent que de cœur, eh bien, me disait-on, il m’arrive de voir se lever au cours de certaines déclarations de l’Archiprêtre, avec ses mots si bien assemblés, qu’on pourrait en faire des pages d’anthologie, il m’arrive de voir comme un arc-en-ciel partir de notre église et s’ouvrir sur cette belle nature et sur le monde comme une flèche qui nous mènerait à la porte du Paradis.
Libellés :
Guy Agneessens,
paroisse Saint-Paul
Il était une fois le Vert Bocage
Article publié dans Nord Eclair (?) (date non retrouvée)
Avec Saint-Paul et Carbonnelle, la cité a poussé au milieu des champs et des prairies pour constituer un des coins les plus hétéroclites de Tournai. Un quartier où l’on cultive les paradoxes.
Paradoxal. Le Vert Bocage, Saint-Paul, Carbonnelle, le Beau-Séjour : les paradoxes foisonnent dans cet ensemble hétéroclite, qui tient tantôt du quartier, de la paroisse, de la cité sociale ou des tours à appartements. Les maisons et les villas cossues cotoient les habitations et logements modestes. Il s’agit d’un secteur historiquement populeux de Tournai, mais la vie associative y est bien moins active qu’en d’autres endroits de la ville. Les sociétés s’y révèlent rares, à l’exception d’une paroisse qui figure parmi les plus dynamiques de la cité épiscopale. La traditionnelle fancy-fair a disparu, faute d’attirer des bénévoles et du public pour assurer son succès. Mais le mouvement scout, avec ses baladins, louveteaux, éclaireurs et autres pionniers, brasse un nombre toujours croissant de jeunes venus des différents milieux environnants, et un patro vient même de renaître de ses cendres. Certains endroits sont réputés peu sécurisants, mais une balade dans les petites rues vous plonge dans une étonnante quiétude. Globalement, par le fait de son évolution historique, le coin de Tournai que nous vous convions aujourd’hui à parcourir en compagnie de nos guides – Aline Broigniez et Pol Guilbert – se présente à vocation résidentielle. Et, anecdote révélatrice, il ne compte plus le moindre bistrot…
« J’ai connu la Drève de Maire, où l’on ne trouvait que quelques maisons, un… dépôt d’immondices (sur le site où Unisac s’est établi plus tard), des terrains humides du côté de l’Escaut et des prairies ou des champs là où se trouve maintenant le Vert Bocage », se remémore Pol Guilbert qui habite dans le coin depuis plus d’un demi-siècle.
Au rayon des souvenirs lointains, un groupe d’habitations appelé « cité Casterman » se trouvait à l’emplacement de l’actuel garage VW Delory. La vérité impose de préciser que les logements tenaient plutôt de taudis, incommodes, rongés par l’humidité. Les occupants des lieux furent notamment relogés dans les maisons sociales du Vert Bocage. Opération qui, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ne fut pas toujours considérée comme avantageuse par les principaux intéressés :
« On payait son local », pour reprendre l’expression alors consacrée, 175 F pour une deux-pièces », confie Pol Guilbert. « Les maisons du vert Bocage, à l’époque, constituaient presque une révolution sociale. Pensez qu’elles étaient équipées d’une salle de bains, ce qui n’était vraiment pas courant. Mais quoi qu’il en soit, la perspective du déménagement sema le trouble dans bien des esprits. Sauf erreur de ma part, c’est la première fois que les autorités communales eurent recours aux services d’une assistante sociale, afin d’encadrer les personnes concernées, pour que le changement se fasse le plus harmonieusement possible ».
Le quartier du Vert Bocage fut construit en plusieurs vagues, de ’51 à ’68, plus de trois cents maisons fleurissent au milieu des pâturages.
Emancipation religieuse...
Le mouvement d’urbanisation était lancé. Au début des années ’70, Carbonnelle sortit de terre, avec plus d’une centaine de maisons et des tours comprenant au total deux cents appartements. Puis, à proximité toujours, suivit le Beau-Séjour (30 appartements). Bref, la population à l’Ouest de Tournai connut une croissance exponentielle.
Il est frappant de relever la manière dont le mouvement d’émancipation du quartier se marqua au plan religieux et scolaire. En ’60, sous l’effet de l’évolution démographique, les autorités ecclésiastiques décidèrent de créer une paroisse extra-muros (hors des boulevards). La première pierre de Saint-Paul, jusque là attaché à la Madeleine, fut posée en ’61.
« On construisit d’abord le Centre St-Paul », précise Aline Broigniez, qui assure le secrétariat paroissial. « Tandis que le premier Office fut célébré dans la nouvelle église à Noël ‘64 ».
Une église qui constitue un cas unique dans le Grand Tournai puisqu’elle n’appartient ni à la commune, ni à une fabrique d’église, mais bien à la paroisse elle-même.
... et religieuse
L’école Saint-Michel connut un développement à l’image de ses environs. « Adoptée » par la Madeleine, elle accueillit ses premiers élèves en 1930. Trois classes existaient à l’époque – une maternelle et deux primaires (regroupant chacune trois années) : « L’arrivée de jeunes foyers avec enfants eut évidemment pour effet de grossir les rangs », déclare notre interlocutrice. « C ‘est ainsi que l’implantation devint pleinement autonome en ‘60 ».
Une mutation similaire se produisit au niveau du mouvement de jeunes puisque initialement le patro Saint-Louis (proche de Don Bosco) « desservait » aussi l’extra-muros, avant de voir Saint-Paul voler de ses propres ailes. Le premier est aujourd’hui disparu, le second connaît un rayonnement important. Autre paradoxe de l’histoire et du quartier.
Pas de brassage de populations
« Saint-Paul est né avec la télévision et la voiture, au moment de l’individualisation des loisirs. A mes yeux, c’est la raison pour laquelle la vie associative y est relativement limitée, au contraire par exemple du quartier du Maroc », relève Pol Guilbert, en observateur averti de la vie du quartier.
« Le Vert Bocage, dès l’origine, était beaucoup tourné vers St-Lazare (chaussée de Lille) », complète Aline Broigniez. « Lors de la création du Centre St-Paul, les gens ont eu du mal à s'en rapprocher. Cela ne s’est fait que progressivement, surtout par le biais des mouvements de jeunesse et du sport qui contribuent à créer des liens. C’est identique en ce qui concerne la cité Carbonnelle où les habitants, là aussi, ont tendance à vivre repliés sur eux-mêmes ».
La maison des jeunes du Vert Bocage a disparu. Le Cercle St-Louis a fermé ses portes et la société de jeu de fer également. « Les offices religieux sont bien suivis, mais la moitié de l’assistance au moins vient de l’extérieur », confie encore Aline Broigniez. « Des activités à la paroisse, par exemple les chorales (de jeunes et d’adultes), le service de visite aux malades, fonctionnent très bien. Les bénévoles se dévouent, mais en revanche l’engagement dans la vie associative est beaucoup plus limité ».
Autrefois existait une ducasse de St-Michel, qui se tenait en alternance avec la fancy-fair du boulevard Léopold. Mais la fête du quartier a aujourd’hui disparu.
« Dans les environs, on trouve à la fois des gens d’origine aisée et d’autres de milieu défavorisé. Et le brassage des populations ne s’opère guère », conclut notre interlocutrice. Sans doute davantage le fait de l’évolution d’une société que d’un cloisonnement propre au quartier.
J-P De Rouck
Avec Saint-Paul et Carbonnelle, la cité a poussé au milieu des champs et des prairies pour constituer un des coins les plus hétéroclites de Tournai. Un quartier où l’on cultive les paradoxes.
Paradoxal. Le Vert Bocage, Saint-Paul, Carbonnelle, le Beau-Séjour : les paradoxes foisonnent dans cet ensemble hétéroclite, qui tient tantôt du quartier, de la paroisse, de la cité sociale ou des tours à appartements. Les maisons et les villas cossues cotoient les habitations et logements modestes. Il s’agit d’un secteur historiquement populeux de Tournai, mais la vie associative y est bien moins active qu’en d’autres endroits de la ville. Les sociétés s’y révèlent rares, à l’exception d’une paroisse qui figure parmi les plus dynamiques de la cité épiscopale. La traditionnelle fancy-fair a disparu, faute d’attirer des bénévoles et du public pour assurer son succès. Mais le mouvement scout, avec ses baladins, louveteaux, éclaireurs et autres pionniers, brasse un nombre toujours croissant de jeunes venus des différents milieux environnants, et un patro vient même de renaître de ses cendres. Certains endroits sont réputés peu sécurisants, mais une balade dans les petites rues vous plonge dans une étonnante quiétude. Globalement, par le fait de son évolution historique, le coin de Tournai que nous vous convions aujourd’hui à parcourir en compagnie de nos guides – Aline Broigniez et Pol Guilbert – se présente à vocation résidentielle. Et, anecdote révélatrice, il ne compte plus le moindre bistrot…
« J’ai connu la Drève de Maire, où l’on ne trouvait que quelques maisons, un… dépôt d’immondices (sur le site où Unisac s’est établi plus tard), des terrains humides du côté de l’Escaut et des prairies ou des champs là où se trouve maintenant le Vert Bocage », se remémore Pol Guilbert qui habite dans le coin depuis plus d’un demi-siècle.
Au rayon des souvenirs lointains, un groupe d’habitations appelé « cité Casterman » se trouvait à l’emplacement de l’actuel garage VW Delory. La vérité impose de préciser que les logements tenaient plutôt de taudis, incommodes, rongés par l’humidité. Les occupants des lieux furent notamment relogés dans les maisons sociales du Vert Bocage. Opération qui, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ne fut pas toujours considérée comme avantageuse par les principaux intéressés :
« On payait son local », pour reprendre l’expression alors consacrée, 175 F pour une deux-pièces », confie Pol Guilbert. « Les maisons du vert Bocage, à l’époque, constituaient presque une révolution sociale. Pensez qu’elles étaient équipées d’une salle de bains, ce qui n’était vraiment pas courant. Mais quoi qu’il en soit, la perspective du déménagement sema le trouble dans bien des esprits. Sauf erreur de ma part, c’est la première fois que les autorités communales eurent recours aux services d’une assistante sociale, afin d’encadrer les personnes concernées, pour que le changement se fasse le plus harmonieusement possible ».
Le quartier du Vert Bocage fut construit en plusieurs vagues, de ’51 à ’68, plus de trois cents maisons fleurissent au milieu des pâturages.
Emancipation religieuse...
Le mouvement d’urbanisation était lancé. Au début des années ’70, Carbonnelle sortit de terre, avec plus d’une centaine de maisons et des tours comprenant au total deux cents appartements. Puis, à proximité toujours, suivit le Beau-Séjour (30 appartements). Bref, la population à l’Ouest de Tournai connut une croissance exponentielle.
Il est frappant de relever la manière dont le mouvement d’émancipation du quartier se marqua au plan religieux et scolaire. En ’60, sous l’effet de l’évolution démographique, les autorités ecclésiastiques décidèrent de créer une paroisse extra-muros (hors des boulevards). La première pierre de Saint-Paul, jusque là attaché à la Madeleine, fut posée en ’61.
« On construisit d’abord le Centre St-Paul », précise Aline Broigniez, qui assure le secrétariat paroissial. « Tandis que le premier Office fut célébré dans la nouvelle église à Noël ‘64 ».
Une église qui constitue un cas unique dans le Grand Tournai puisqu’elle n’appartient ni à la commune, ni à une fabrique d’église, mais bien à la paroisse elle-même.
... et religieuse
L’école Saint-Michel connut un développement à l’image de ses environs. « Adoptée » par la Madeleine, elle accueillit ses premiers élèves en 1930. Trois classes existaient à l’époque – une maternelle et deux primaires (regroupant chacune trois années) : « L’arrivée de jeunes foyers avec enfants eut évidemment pour effet de grossir les rangs », déclare notre interlocutrice. « C ‘est ainsi que l’implantation devint pleinement autonome en ‘60 ».
Une mutation similaire se produisit au niveau du mouvement de jeunes puisque initialement le patro Saint-Louis (proche de Don Bosco) « desservait » aussi l’extra-muros, avant de voir Saint-Paul voler de ses propres ailes. Le premier est aujourd’hui disparu, le second connaît un rayonnement important. Autre paradoxe de l’histoire et du quartier.
Pas de brassage de populations
« Saint-Paul est né avec la télévision et la voiture, au moment de l’individualisation des loisirs. A mes yeux, c’est la raison pour laquelle la vie associative y est relativement limitée, au contraire par exemple du quartier du Maroc », relève Pol Guilbert, en observateur averti de la vie du quartier.
« Le Vert Bocage, dès l’origine, était beaucoup tourné vers St-Lazare (chaussée de Lille) », complète Aline Broigniez. « Lors de la création du Centre St-Paul, les gens ont eu du mal à s'en rapprocher. Cela ne s’est fait que progressivement, surtout par le biais des mouvements de jeunesse et du sport qui contribuent à créer des liens. C’est identique en ce qui concerne la cité Carbonnelle où les habitants, là aussi, ont tendance à vivre repliés sur eux-mêmes ».
La maison des jeunes du Vert Bocage a disparu. Le Cercle St-Louis a fermé ses portes et la société de jeu de fer également. « Les offices religieux sont bien suivis, mais la moitié de l’assistance au moins vient de l’extérieur », confie encore Aline Broigniez. « Des activités à la paroisse, par exemple les chorales (de jeunes et d’adultes), le service de visite aux malades, fonctionnent très bien. Les bénévoles se dévouent, mais en revanche l’engagement dans la vie associative est beaucoup plus limité ».
Autrefois existait une ducasse de St-Michel, qui se tenait en alternance avec la fancy-fair du boulevard Léopold. Mais la fête du quartier a aujourd’hui disparu.
« Dans les environs, on trouve à la fois des gens d’origine aisée et d’autres de milieu défavorisé. Et le brassage des populations ne s’opère guère », conclut notre interlocutrice. Sans doute davantage le fait de l’évolution d’une société que d’un cloisonnement propre au quartier.
J-P De Rouck
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