Article publié dans Nord Eclair (?) (date non retrouvée)
Avec Saint-Paul et Carbonnelle, la cité a poussé au milieu des champs et des prairies pour constituer un des coins les plus hétéroclites de Tournai. Un quartier où l’on cultive les paradoxes.
Paradoxal. Le Vert Bocage, Saint-Paul, Carbonnelle, le Beau-Séjour : les paradoxes foisonnent dans cet ensemble hétéroclite, qui tient tantôt du quartier, de la paroisse, de la cité sociale ou des tours à appartements. Les maisons et les villas cossues cotoient les habitations et logements modestes. Il s’agit d’un secteur historiquement populeux de Tournai, mais la vie associative y est bien moins active qu’en d’autres endroits de la ville. Les sociétés s’y révèlent rares, à l’exception d’une paroisse qui figure parmi les plus dynamiques de la cité épiscopale. La traditionnelle fancy-fair a disparu, faute d’attirer des bénévoles et du public pour assurer son succès. Mais le mouvement scout, avec ses baladins, louveteaux, éclaireurs et autres pionniers, brasse un nombre toujours croissant de jeunes venus des différents milieux environnants, et un patro vient même de renaître de ses cendres. Certains endroits sont réputés peu sécurisants, mais une balade dans les petites rues vous plonge dans une étonnante quiétude. Globalement, par le fait de son évolution historique, le coin de Tournai que nous vous convions aujourd’hui à parcourir en compagnie de nos guides – Aline Broigniez et Pol Guilbert – se présente à vocation résidentielle. Et, anecdote révélatrice, il ne compte plus le moindre bistrot…
« J’ai connu la Drève de Maire, où l’on ne trouvait que quelques maisons, un… dépôt d’immondices (sur le site où Unisac s’est établi plus tard), des terrains humides du côté de l’Escaut et des prairies ou des champs là où se trouve maintenant le Vert Bocage », se remémore Pol Guilbert qui habite dans le coin depuis plus d’un demi-siècle.
Au rayon des souvenirs lointains, un groupe d’habitations appelé « cité Casterman » se trouvait à l’emplacement de l’actuel garage VW Delory. La vérité impose de préciser que les logements tenaient plutôt de taudis, incommodes, rongés par l’humidité. Les occupants des lieux furent notamment relogés dans les maisons sociales du Vert Bocage. Opération qui, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ne fut pas toujours considérée comme avantageuse par les principaux intéressés :
« On payait son local », pour reprendre l’expression alors consacrée, 175 F pour une deux-pièces », confie Pol Guilbert. « Les maisons du vert Bocage, à l’époque, constituaient presque une révolution sociale. Pensez qu’elles étaient équipées d’une salle de bains, ce qui n’était vraiment pas courant. Mais quoi qu’il en soit, la perspective du déménagement sema le trouble dans bien des esprits. Sauf erreur de ma part, c’est la première fois que les autorités communales eurent recours aux services d’une assistante sociale, afin d’encadrer les personnes concernées, pour que le changement se fasse le plus harmonieusement possible ».
Le quartier du Vert Bocage fut construit en plusieurs vagues, de ’51 à ’68, plus de trois cents maisons fleurissent au milieu des pâturages.
Emancipation religieuse...
Le mouvement d’urbanisation était lancé. Au début des années ’70, Carbonnelle sortit de terre, avec plus d’une centaine de maisons et des tours comprenant au total deux cents appartements. Puis, à proximité toujours, suivit le Beau-Séjour (30 appartements). Bref, la population à l’Ouest de Tournai connut une croissance exponentielle.
Il est frappant de relever la manière dont le mouvement d’émancipation du quartier se marqua au plan religieux et scolaire. En ’60, sous l’effet de l’évolution démographique, les autorités ecclésiastiques décidèrent de créer une paroisse extra-muros (hors des boulevards). La première pierre de Saint-Paul, jusque là attaché à la Madeleine, fut posée en ’61.
« On construisit d’abord le Centre St-Paul », précise Aline Broigniez, qui assure le secrétariat paroissial. « Tandis que le premier Office fut célébré dans la nouvelle église à Noël ‘64 ».
Une église qui constitue un cas unique dans le Grand Tournai puisqu’elle n’appartient ni à la commune, ni à une fabrique d’église, mais bien à la paroisse elle-même.
... et religieuse
L’école Saint-Michel connut un développement à l’image de ses environs. « Adoptée » par la Madeleine, elle accueillit ses premiers élèves en 1930. Trois classes existaient à l’époque – une maternelle et deux primaires (regroupant chacune trois années) : « L’arrivée de jeunes foyers avec enfants eut évidemment pour effet de grossir les rangs », déclare notre interlocutrice. « C ‘est ainsi que l’implantation devint pleinement autonome en ‘60 ».
Une mutation similaire se produisit au niveau du mouvement de jeunes puisque initialement le patro Saint-Louis (proche de Don Bosco) « desservait » aussi l’extra-muros, avant de voir Saint-Paul voler de ses propres ailes. Le premier est aujourd’hui disparu, le second connaît un rayonnement important. Autre paradoxe de l’histoire et du quartier.
Pas de brassage de populations
« Saint-Paul est né avec la télévision et la voiture, au moment de l’individualisation des loisirs. A mes yeux, c’est la raison pour laquelle la vie associative y est relativement limitée, au contraire par exemple du quartier du Maroc », relève Pol Guilbert, en observateur averti de la vie du quartier.
« Le Vert Bocage, dès l’origine, était beaucoup tourné vers St-Lazare (chaussée de Lille) », complète Aline Broigniez. « Lors de la création du Centre St-Paul, les gens ont eu du mal à s'en rapprocher. Cela ne s’est fait que progressivement, surtout par le biais des mouvements de jeunesse et du sport qui contribuent à créer des liens. C’est identique en ce qui concerne la cité Carbonnelle où les habitants, là aussi, ont tendance à vivre repliés sur eux-mêmes ».
La maison des jeunes du Vert Bocage a disparu. Le Cercle St-Louis a fermé ses portes et la société de jeu de fer également. « Les offices religieux sont bien suivis, mais la moitié de l’assistance au moins vient de l’extérieur », confie encore Aline Broigniez. « Des activités à la paroisse, par exemple les chorales (de jeunes et d’adultes), le service de visite aux malades, fonctionnent très bien. Les bénévoles se dévouent, mais en revanche l’engagement dans la vie associative est beaucoup plus limité ».
Autrefois existait une ducasse de St-Michel, qui se tenait en alternance avec la fancy-fair du boulevard Léopold. Mais la fête du quartier a aujourd’hui disparu.
« Dans les environs, on trouve à la fois des gens d’origine aisée et d’autres de milieu défavorisé. Et le brassage des populations ne s’opère guère », conclut notre interlocutrice. Sans doute davantage le fait de l’évolution d’une société que d’un cloisonnement propre au quartier.
J-P De Rouck
Avec Saint-Paul et Carbonnelle, la cité a poussé au milieu des champs et des prairies pour constituer un des coins les plus hétéroclites de Tournai. Un quartier où l’on cultive les paradoxes.
Paradoxal. Le Vert Bocage, Saint-Paul, Carbonnelle, le Beau-Séjour : les paradoxes foisonnent dans cet ensemble hétéroclite, qui tient tantôt du quartier, de la paroisse, de la cité sociale ou des tours à appartements. Les maisons et les villas cossues cotoient les habitations et logements modestes. Il s’agit d’un secteur historiquement populeux de Tournai, mais la vie associative y est bien moins active qu’en d’autres endroits de la ville. Les sociétés s’y révèlent rares, à l’exception d’une paroisse qui figure parmi les plus dynamiques de la cité épiscopale. La traditionnelle fancy-fair a disparu, faute d’attirer des bénévoles et du public pour assurer son succès. Mais le mouvement scout, avec ses baladins, louveteaux, éclaireurs et autres pionniers, brasse un nombre toujours croissant de jeunes venus des différents milieux environnants, et un patro vient même de renaître de ses cendres. Certains endroits sont réputés peu sécurisants, mais une balade dans les petites rues vous plonge dans une étonnante quiétude. Globalement, par le fait de son évolution historique, le coin de Tournai que nous vous convions aujourd’hui à parcourir en compagnie de nos guides – Aline Broigniez et Pol Guilbert – se présente à vocation résidentielle. Et, anecdote révélatrice, il ne compte plus le moindre bistrot…
« J’ai connu la Drève de Maire, où l’on ne trouvait que quelques maisons, un… dépôt d’immondices (sur le site où Unisac s’est établi plus tard), des terrains humides du côté de l’Escaut et des prairies ou des champs là où se trouve maintenant le Vert Bocage », se remémore Pol Guilbert qui habite dans le coin depuis plus d’un demi-siècle.
Au rayon des souvenirs lointains, un groupe d’habitations appelé « cité Casterman » se trouvait à l’emplacement de l’actuel garage VW Delory. La vérité impose de préciser que les logements tenaient plutôt de taudis, incommodes, rongés par l’humidité. Les occupants des lieux furent notamment relogés dans les maisons sociales du Vert Bocage. Opération qui, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ne fut pas toujours considérée comme avantageuse par les principaux intéressés :
« On payait son local », pour reprendre l’expression alors consacrée, 175 F pour une deux-pièces », confie Pol Guilbert. « Les maisons du vert Bocage, à l’époque, constituaient presque une révolution sociale. Pensez qu’elles étaient équipées d’une salle de bains, ce qui n’était vraiment pas courant. Mais quoi qu’il en soit, la perspective du déménagement sema le trouble dans bien des esprits. Sauf erreur de ma part, c’est la première fois que les autorités communales eurent recours aux services d’une assistante sociale, afin d’encadrer les personnes concernées, pour que le changement se fasse le plus harmonieusement possible ».
Le quartier du Vert Bocage fut construit en plusieurs vagues, de ’51 à ’68, plus de trois cents maisons fleurissent au milieu des pâturages.
Emancipation religieuse...
Le mouvement d’urbanisation était lancé. Au début des années ’70, Carbonnelle sortit de terre, avec plus d’une centaine de maisons et des tours comprenant au total deux cents appartements. Puis, à proximité toujours, suivit le Beau-Séjour (30 appartements). Bref, la population à l’Ouest de Tournai connut une croissance exponentielle.
Il est frappant de relever la manière dont le mouvement d’émancipation du quartier se marqua au plan religieux et scolaire. En ’60, sous l’effet de l’évolution démographique, les autorités ecclésiastiques décidèrent de créer une paroisse extra-muros (hors des boulevards). La première pierre de Saint-Paul, jusque là attaché à la Madeleine, fut posée en ’61.
« On construisit d’abord le Centre St-Paul », précise Aline Broigniez, qui assure le secrétariat paroissial. « Tandis que le premier Office fut célébré dans la nouvelle église à Noël ‘64 ».
Une église qui constitue un cas unique dans le Grand Tournai puisqu’elle n’appartient ni à la commune, ni à une fabrique d’église, mais bien à la paroisse elle-même.
... et religieuse
L’école Saint-Michel connut un développement à l’image de ses environs. « Adoptée » par la Madeleine, elle accueillit ses premiers élèves en 1930. Trois classes existaient à l’époque – une maternelle et deux primaires (regroupant chacune trois années) : « L’arrivée de jeunes foyers avec enfants eut évidemment pour effet de grossir les rangs », déclare notre interlocutrice. « C ‘est ainsi que l’implantation devint pleinement autonome en ‘60 ».
Une mutation similaire se produisit au niveau du mouvement de jeunes puisque initialement le patro Saint-Louis (proche de Don Bosco) « desservait » aussi l’extra-muros, avant de voir Saint-Paul voler de ses propres ailes. Le premier est aujourd’hui disparu, le second connaît un rayonnement important. Autre paradoxe de l’histoire et du quartier.
Pas de brassage de populations
« Saint-Paul est né avec la télévision et la voiture, au moment de l’individualisation des loisirs. A mes yeux, c’est la raison pour laquelle la vie associative y est relativement limitée, au contraire par exemple du quartier du Maroc », relève Pol Guilbert, en observateur averti de la vie du quartier.
« Le Vert Bocage, dès l’origine, était beaucoup tourné vers St-Lazare (chaussée de Lille) », complète Aline Broigniez. « Lors de la création du Centre St-Paul, les gens ont eu du mal à s'en rapprocher. Cela ne s’est fait que progressivement, surtout par le biais des mouvements de jeunesse et du sport qui contribuent à créer des liens. C’est identique en ce qui concerne la cité Carbonnelle où les habitants, là aussi, ont tendance à vivre repliés sur eux-mêmes ».
La maison des jeunes du Vert Bocage a disparu. Le Cercle St-Louis a fermé ses portes et la société de jeu de fer également. « Les offices religieux sont bien suivis, mais la moitié de l’assistance au moins vient de l’extérieur », confie encore Aline Broigniez. « Des activités à la paroisse, par exemple les chorales (de jeunes et d’adultes), le service de visite aux malades, fonctionnent très bien. Les bénévoles se dévouent, mais en revanche l’engagement dans la vie associative est beaucoup plus limité ».
Autrefois existait une ducasse de St-Michel, qui se tenait en alternance avec la fancy-fair du boulevard Léopold. Mais la fête du quartier a aujourd’hui disparu.
« Dans les environs, on trouve à la fois des gens d’origine aisée et d’autres de milieu défavorisé. Et le brassage des populations ne s’opère guère », conclut notre interlocutrice. Sans doute davantage le fait de l’évolution d’une société que d’un cloisonnement propre au quartier.
J-P De Rouck
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