Retracer la carrière de l’abbé Georges Lesne est tâche difficile tellement ce prêtre en a fait dans sa vie. Les plus âgés d’entre nous ont connu et peuvent se rappeler du petit Georges qui fréquentait le Patro St-Louis à la paroisse de la Madeleine à Tournai. Et plus tard, de l’ardent séminariste qui animait le Patro St-Nicolas avec le surnom callembourdiste de « la Baleine ».
L’abbé Georges Lesne, je l’ai rencontré alors que j’étais très jeune au patronage St-Nicolas où il était apprenti curé. Ordonné prêtre, il devint vicaire à Leuze, c’était juste après la Libération et il y avait à Leuze si je ne me trompe, un bourgmestre communiste. L’abbé Georges Lesne durant toute sa vie fut un pluraliste d’un caractère un peu timide mais rayonnant. Et là, il s’entendit très bien, comme durant toute sa vie, avec des gens de toute politique et de toute culture. Mais où j’ai commencé à le fréquenter et que nous sommes devenus amis, c’est quand il devint vicaire à Tournai, à Ste-Marguerite. Je dis vicaire mais je crois que très vite il devint le curé de la même paroisse, ce qui était rare. C’était une paroisse qu’on appelait très populeuse avec notamment la rue As-Pois où l’on cultivait le souvenir du grand Jean Noté et où le nouveau pasteur commença sa mission en visitant toutes les maisons. Je ne crois pas que tout en cherchant à convertir les gens, il les assassinait de paroles convertissantes mais sa bonhomie le faisait accueillir partout et il était un humble parmi les humbles, c’est ainsi qu’il termina la visite de tous ses paroissiens par son voisin immédiat qui était un prince et celui-ci le reçut aimablement et lui a dit : « Je m’attendais à ne pas recevoir très vite votre visite car vous devez connaître mon passé ! ». L’abbé avait remarqué que ce gentilhomme assistait tous les jours à la messe. Et le gentilhomme ajouta : « Vous savez sans doute que je suis divorcé ! » « Non, répondit l’abbé, mais comme je suis le curé de tous, j’ai commencé par les plus humbles et ils sont les plus nombreux ». Bref, son pastorat commença sous les meilleures épitres. Je crois que c’est vers ce moment-là que l’église de Tournai se rendit propriétaire de la plaine de jeux de la Marmite. Georges en devint l’animateur-prêtre et cela dura longtemps. Il occupait le presbytère avec sa vieille maman et sa sœur Marguerite. Déjà au séminaire, il devint un animateur original en récitant « l’Enragé ».
« Enragé, je le suis. Longtemps, j’en ai douté
Mais je suis sûr hélas, que c’est la vérité ».
En âge de devenir curé de paroisse, il fut nommé pasteur à Kain-Centre. Là aussi, il commença à visiter toutes les maisons et il organisa des fancy-fairs où on rencontrait tout le monde, les croyants et les autres. Le bourgmestre à ce moment-là était un ancien résistant…
Vint ensuite Raoul Van Spitael qui devint bourgmestre de Kain, socialiste. Et une fois que dans la foule d’une fancy-fair de Kain, je heurtais Raoul Van Spitael, je lui dis : « Mon Dieu, Monsieur le Bourgmestre, j’allais vous dire Monsieur le Curé ! ». Ils avaient les mêmes tailles et rondeurs. Et le maïeur me répliqua : « Mais tu me fais un grand plaisir parce que j’aime bien mon curé et c’est réciproque ! ». Raoul Van Spitael d’ailleurs, quand aux élections suivantes, on fit la fusion des communes, devint pour deux législatures, le premier bourgmestre du grand Tournai.
C’est ainsi que bien des années plus tard, l’église Ste-Marguerite ayant été fermée au culte parce que dangereuse à fréquenter, on la rouvrit un soir pour une manifestation festive. L’église Ste-Marguerite était une très belle église et ce soir-là, elle était comble et aussi bien les habitants de la rue As-Pois que le maïeur de Tournai étaient présents. Une série de discours furent prononcés avec la complicité d’un organisateur, j’avais fait venir Georges et Marguerite Lesne, en les cachant derrière la chair de vérité et en terminant le discours de bienvenue, l’orateur déclara en s’adressant au bourgmestre : « Et nous avons en plus comme surprise ce soir de célébrer la présence parmi nous de l’abbé Georges Lesne qui fut le joyeux et dernier curé de la paroisse Ste-Magritte. Le bourgmestre tout étonné se leva et ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre, c’était de ces manifestations où on sent qu’il n’y a plus dans la rencontre des croyants et des non-croyants mais des hommes et des femmes de cœur.
La Marmite avait laissé à l’abbé Lesne une quantité de relations de jeunes gens et de jeunes filles qu’il retrouvait dans la vie, on lui demandait çà et là de venir célébrer un mariage. Je vais vous conter un mariage auquel nous l’avons accompagné et passé une joyeuse journée de fête. Cela se passait à … Nous avions dit à Don Georges que nous le mènerions en voiture, Myrèse et moi. C’était à la ferme Vandeghinste, les gros censiers du village et s’il y avait foule à la messe, il en restait une bonne partie pour assister au banquet festif. Nous avions remarqué d’emblée que les bouteilles que l’on vidait étaient d’un cru remarquable et nous pensions en même temps à notre ami Georges qui n’était pas indifférent à ces bontés du bon Dieu. Seulement, la campagne a peut-être plus qu’ailleurs ses traditions. Tandis qu’on nous plaçait dans la grande salle de ferme, ceux qui avaient célébré la messe et qui étaient cinq prêtres étaient placés par respect à leur sacerdoce sans doute, dans un petit salon plus recherché. Les autres prêtres étaient le curé de la paroisse, l’oncle des parents, l’ancien curé de la paroisse, etc. Ils ont passé là une journée moins joyeuse certainement que tous les autres jeunes qui étaient très nombreux. Et quand vint l’heure du départ pour les gens d’âge, nous tous, les jeunes n’étions pas invités à quitter cette belle ambiance. Heureusement pour Georges, il dépendait de notre voiture et il prolongea joyeusement la soirée avec nous. Après avoir raconté « le Corbeau et le renard », que j’ai récité à bien des fêtes pendant trente ou quarante ans, j’annonçais que Monsieur l’abbé Lesne allait nous réciter « l’Enragé ». Comme d’habitude, il ne se fit pas prier et s’inscrit de ce chef dans l’ambiance générale. Quand nous reprîmes la voiture, Myrèse ne conduisait pas encore à ce moment-là et nous avions tous trois bien profité du buffet et des richesses puisées dans la cave. Et je conduisis du mieux que je pus et Myrèse me disait à tout bout de champ de bien faire attention et Georges lui a dit : « Tu ne veux pas que je prenne le volant ? » et elle a répondu : « Non parce que je crois que tu es encore plus avancé que Pol ».
Nous avons accompagné notre ami Georges dans bien d’autres aventures qui ont duré bien longtemps. Ainsi en fût-il du « Nid joli » où Tante Sophie accueillait des enfants les uns abandonnés, les autres en mal de maintenance. C’est ainsi que je devins le parrain d’une petite algérienne qui avait un frère et quatre sœurs et que cette adoption du cœur est encore présente aujourd’hui. J’écris ça en fin 2005 et il y a quinze jours, Myrèse assistait avec une de nos filles et son plus jeune garçon à un repas musulman dans la famille de Messa. Ces amitiés-là pour nous sont immortelles.
Mais il y a autre chose qui, celle-là, a marqué toute notre vie, ce fut l’aide à la Goudinière. Elle débuta trois ans après notre mariage parce que venant d’acheter ma première voiture, c’est en me rendant au Mont-Saint-Aubert que je fis mes premiers exploits « de chauffeur » et l’équipe « Elastic » a adopté l’aide à cette maison d’accueil d’enfants pas tous abandonnés mais ayant besoin d’une autre éducation, il en sera question plus loin.
A la veille de la première fancy-fair de la Goudinière, nous étions nombreux à être optimistes. Tout était prêt. On était une vaste équipe de familles nombreuses à s’être mobilisée et, si le temps se mettait de la partie, ce serait réussi. On faisait le point pour se confirmer toutes les adhésions des autres responsables : stands, buvette, tombola… Rappelons que l’opération
« Cœurs » imaginée par notre vieil ami Georges et en grande partie animée par lui (des cœurs en carton vendus à 25 francs/pièce) nous rendait confiants. On a constaté très bientôt que cela rapportait 150.000 francs. Mais voilà que Don Georges pose une question : « mais a-t-on prévu ce que nous allons faire de nos enfants ? » (« Nos enfants » étaient les pensionnaires de la maison). On se regarde, saisis et, il faut bien le dire, un peu embarrassés. Et cela nous amène à répondre : « Ben, ils restent ici bien sûr… » C’était une évidence, mais personne n’avait songer à comment les occuper. « Ce qu’il faut éviter, continue l’abbé, c’est qu’ils soient à la merci des « bienfaiteurs » qui leur paieront quelques douceurs. Vos enfants à vous auront de l’argent avec eux tandis que les nôtres, une fois de plus, ne seront pas des enfants comme les autres ».
Je l’ai déjà écrit, l’abbé Lesne n’était pas un orateur de classe. Mais pour avoir le cœur bien placé, il était un peu là ! C’est donc ce prêtre célibataire – je le précise parce que aujourd’hui, cela n’est plus évident ! – qui seul, avec sa délicatesse du cœur, avait pensé à cela.
Georges n’a pas connu les joies de la paternité mais il en avait l’âme !!!
L’abbé Georges Lesne, je l’ai rencontré alors que j’étais très jeune au patronage St-Nicolas où il était apprenti curé. Ordonné prêtre, il devint vicaire à Leuze, c’était juste après la Libération et il y avait à Leuze si je ne me trompe, un bourgmestre communiste. L’abbé Georges Lesne durant toute sa vie fut un pluraliste d’un caractère un peu timide mais rayonnant. Et là, il s’entendit très bien, comme durant toute sa vie, avec des gens de toute politique et de toute culture. Mais où j’ai commencé à le fréquenter et que nous sommes devenus amis, c’est quand il devint vicaire à Tournai, à Ste-Marguerite. Je dis vicaire mais je crois que très vite il devint le curé de la même paroisse, ce qui était rare. C’était une paroisse qu’on appelait très populeuse avec notamment la rue As-Pois où l’on cultivait le souvenir du grand Jean Noté et où le nouveau pasteur commença sa mission en visitant toutes les maisons. Je ne crois pas que tout en cherchant à convertir les gens, il les assassinait de paroles convertissantes mais sa bonhomie le faisait accueillir partout et il était un humble parmi les humbles, c’est ainsi qu’il termina la visite de tous ses paroissiens par son voisin immédiat qui était un prince et celui-ci le reçut aimablement et lui a dit : « Je m’attendais à ne pas recevoir très vite votre visite car vous devez connaître mon passé ! ». L’abbé avait remarqué que ce gentilhomme assistait tous les jours à la messe. Et le gentilhomme ajouta : « Vous savez sans doute que je suis divorcé ! » « Non, répondit l’abbé, mais comme je suis le curé de tous, j’ai commencé par les plus humbles et ils sont les plus nombreux ». Bref, son pastorat commença sous les meilleures épitres. Je crois que c’est vers ce moment-là que l’église de Tournai se rendit propriétaire de la plaine de jeux de la Marmite. Georges en devint l’animateur-prêtre et cela dura longtemps. Il occupait le presbytère avec sa vieille maman et sa sœur Marguerite. Déjà au séminaire, il devint un animateur original en récitant « l’Enragé ».
« Enragé, je le suis. Longtemps, j’en ai douté
Mais je suis sûr hélas, que c’est la vérité ».
En âge de devenir curé de paroisse, il fut nommé pasteur à Kain-Centre. Là aussi, il commença à visiter toutes les maisons et il organisa des fancy-fairs où on rencontrait tout le monde, les croyants et les autres. Le bourgmestre à ce moment-là était un ancien résistant…
Vint ensuite Raoul Van Spitael qui devint bourgmestre de Kain, socialiste. Et une fois que dans la foule d’une fancy-fair de Kain, je heurtais Raoul Van Spitael, je lui dis : « Mon Dieu, Monsieur le Bourgmestre, j’allais vous dire Monsieur le Curé ! ». Ils avaient les mêmes tailles et rondeurs. Et le maïeur me répliqua : « Mais tu me fais un grand plaisir parce que j’aime bien mon curé et c’est réciproque ! ». Raoul Van Spitael d’ailleurs, quand aux élections suivantes, on fit la fusion des communes, devint pour deux législatures, le premier bourgmestre du grand Tournai.
C’est ainsi que bien des années plus tard, l’église Ste-Marguerite ayant été fermée au culte parce que dangereuse à fréquenter, on la rouvrit un soir pour une manifestation festive. L’église Ste-Marguerite était une très belle église et ce soir-là, elle était comble et aussi bien les habitants de la rue As-Pois que le maïeur de Tournai étaient présents. Une série de discours furent prononcés avec la complicité d’un organisateur, j’avais fait venir Georges et Marguerite Lesne, en les cachant derrière la chair de vérité et en terminant le discours de bienvenue, l’orateur déclara en s’adressant au bourgmestre : « Et nous avons en plus comme surprise ce soir de célébrer la présence parmi nous de l’abbé Georges Lesne qui fut le joyeux et dernier curé de la paroisse Ste-Magritte. Le bourgmestre tout étonné se leva et ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre, c’était de ces manifestations où on sent qu’il n’y a plus dans la rencontre des croyants et des non-croyants mais des hommes et des femmes de cœur.
La Marmite avait laissé à l’abbé Lesne une quantité de relations de jeunes gens et de jeunes filles qu’il retrouvait dans la vie, on lui demandait çà et là de venir célébrer un mariage. Je vais vous conter un mariage auquel nous l’avons accompagné et passé une joyeuse journée de fête. Cela se passait à … Nous avions dit à Don Georges que nous le mènerions en voiture, Myrèse et moi. C’était à la ferme Vandeghinste, les gros censiers du village et s’il y avait foule à la messe, il en restait une bonne partie pour assister au banquet festif. Nous avions remarqué d’emblée que les bouteilles que l’on vidait étaient d’un cru remarquable et nous pensions en même temps à notre ami Georges qui n’était pas indifférent à ces bontés du bon Dieu. Seulement, la campagne a peut-être plus qu’ailleurs ses traditions. Tandis qu’on nous plaçait dans la grande salle de ferme, ceux qui avaient célébré la messe et qui étaient cinq prêtres étaient placés par respect à leur sacerdoce sans doute, dans un petit salon plus recherché. Les autres prêtres étaient le curé de la paroisse, l’oncle des parents, l’ancien curé de la paroisse, etc. Ils ont passé là une journée moins joyeuse certainement que tous les autres jeunes qui étaient très nombreux. Et quand vint l’heure du départ pour les gens d’âge, nous tous, les jeunes n’étions pas invités à quitter cette belle ambiance. Heureusement pour Georges, il dépendait de notre voiture et il prolongea joyeusement la soirée avec nous. Après avoir raconté « le Corbeau et le renard », que j’ai récité à bien des fêtes pendant trente ou quarante ans, j’annonçais que Monsieur l’abbé Lesne allait nous réciter « l’Enragé ». Comme d’habitude, il ne se fit pas prier et s’inscrit de ce chef dans l’ambiance générale. Quand nous reprîmes la voiture, Myrèse ne conduisait pas encore à ce moment-là et nous avions tous trois bien profité du buffet et des richesses puisées dans la cave. Et je conduisis du mieux que je pus et Myrèse me disait à tout bout de champ de bien faire attention et Georges lui a dit : « Tu ne veux pas que je prenne le volant ? » et elle a répondu : « Non parce que je crois que tu es encore plus avancé que Pol ».
Nous avons accompagné notre ami Georges dans bien d’autres aventures qui ont duré bien longtemps. Ainsi en fût-il du « Nid joli » où Tante Sophie accueillait des enfants les uns abandonnés, les autres en mal de maintenance. C’est ainsi que je devins le parrain d’une petite algérienne qui avait un frère et quatre sœurs et que cette adoption du cœur est encore présente aujourd’hui. J’écris ça en fin 2005 et il y a quinze jours, Myrèse assistait avec une de nos filles et son plus jeune garçon à un repas musulman dans la famille de Messa. Ces amitiés-là pour nous sont immortelles.
Mais il y a autre chose qui, celle-là, a marqué toute notre vie, ce fut l’aide à la Goudinière. Elle débuta trois ans après notre mariage parce que venant d’acheter ma première voiture, c’est en me rendant au Mont-Saint-Aubert que je fis mes premiers exploits « de chauffeur » et l’équipe « Elastic » a adopté l’aide à cette maison d’accueil d’enfants pas tous abandonnés mais ayant besoin d’une autre éducation, il en sera question plus loin.
A la veille de la première fancy-fair de la Goudinière, nous étions nombreux à être optimistes. Tout était prêt. On était une vaste équipe de familles nombreuses à s’être mobilisée et, si le temps se mettait de la partie, ce serait réussi. On faisait le point pour se confirmer toutes les adhésions des autres responsables : stands, buvette, tombola… Rappelons que l’opération
« Cœurs » imaginée par notre vieil ami Georges et en grande partie animée par lui (des cœurs en carton vendus à 25 francs/pièce) nous rendait confiants. On a constaté très bientôt que cela rapportait 150.000 francs. Mais voilà que Don Georges pose une question : « mais a-t-on prévu ce que nous allons faire de nos enfants ? » (« Nos enfants » étaient les pensionnaires de la maison). On se regarde, saisis et, il faut bien le dire, un peu embarrassés. Et cela nous amène à répondre : « Ben, ils restent ici bien sûr… » C’était une évidence, mais personne n’avait songer à comment les occuper. « Ce qu’il faut éviter, continue l’abbé, c’est qu’ils soient à la merci des « bienfaiteurs » qui leur paieront quelques douceurs. Vos enfants à vous auront de l’argent avec eux tandis que les nôtres, une fois de plus, ne seront pas des enfants comme les autres ».
Je l’ai déjà écrit, l’abbé Lesne n’était pas un orateur de classe. Mais pour avoir le cœur bien placé, il était un peu là ! C’est donc ce prêtre célibataire – je le précise parce que aujourd’hui, cela n’est plus évident ! – qui seul, avec sa délicatesse du cœur, avait pensé à cela.
Georges n’a pas connu les joies de la paternité mais il en avait l’âme !!!


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